THEUREL-LIMASSET

LA LIGNEE THEUREL-LIMASSET
Ancêtres paternels de Suzanne LIMASSET-ALLIOT

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Parmi cette lignée, nous rencontrerons plusieurs personnages intéressants, aïeux directs ou membres très proches de la famille de ces ancêtres (frère, soeur):

En marge de ces personnages qui, en qualité d'ancêtres directs, figurent sur l'arbre ci-dessous, et que nous évoquons dans cette partie du site intitulée "FAMILLES", on distinguera quelques figures particulièrement intéressantes parmi leurs frères ou soeurs, évoqués dans la partie du site intitulée "PERSONNAGES ET EVENEMENTS": Par exemple le fameux Joseph Theurel, jeune frère de Séraphine sur lequel il y a beaucoup à apprendre: Missionnaire au Tonkin, il a connu les persécutions des mandarins chinois, et le début de la colonisation en Indochine. Sa soeur Anne-Marie, Soeur Onésime en religion nous transporte elle-aussi dans quelques pages d'histoire de l'éducation napoléonnienne, en France puis en Egypte où se termine sa vie. Un autre frère, Claude, zouave de son état et combattant de la guerre de Crimée, avant de retourner à la terre comme cultivateur et de fonder lui-même une famille...

A chaque "lignée", ou "branche", ou même personnage peut être associée une GALERIE (non disponible actuellement) présentant des documents qui ne sont pas par ailleurs présentés dans les différentes pages du site.

Voici ci-dessous la branche de l'arbre qui nous conduit des parents du combattant de Tourraine jusqu'aux jeunes générations descendant du couple Suzanne LIMASSET - Maurice ALLIOT. Arbre Branche Theurel-Limasset

Jean THEUREL, le vétéran centenaire

 

JEAN THEUREL,

le vétéran centenaire du régiment de Tourraine

Qui est Jean Theurel (1699-1807) par rapport à nous? De père en fils ou en fille, les générations se sont succédées: 

De celle de Jean Theurel à celle des plus jeunes, 9 générations donc !

Ce chapitre est consacré au plus « ancien » de nos ancêtres dont nous puissions retracer l’histoire aujourd’hui, grâce  aux souvenirs et documents parvenus jusqu’à nous. Il a été rédigé à partir d'une notice biographique provenant du musée de Tours, où est exposé le portrait de l'ancêtre fameux, et des documents conservés dans les archives familiales.
Après ce premier chapitre consacré à Jean Theurel, on s’intéressera à la famille de Jean-Baptiste et de Marguerite, en particulier à leurs enfants, dont certains ont eu une destinée hors du commun…

Jean TheurelJean THEUREL est né le 8 septembre 1699 à ORAIN au nord de la Bourgogne, sur les dernières pentes du plateau de Langres. Abritant maintenant presque exclusivement des cultivateurs, Orain était du temps de Jean Theurel, un village typique de la région, avec ses « laboureurs », ses « manouvriers », son « tisseur en toile » et même un « couvreur en laves », ces plaques calcaires si courantes dans le coin et que l’on trouve encore en couverture sur quelques vieilles maisons.
Les parents de Jean étaient Denis Theurel, laboureur, et son épouse Marguerite Demery.
 
La France de 1699 souffre de misère générale. A Paris, la populace charge d’une besace symbolique l’épaule de Louis XIV dont Madame de Maintenon vient de faire ériger une statue équestre place Vendôme. On peut penser que comme bien d’autres, le jeune Jean est allé chercher fortune dans l’armée.  
Jean Theurel s’engage donc en septembre 1716, à tout juste 17 ans. Pourquoi le régiment de Touraine? Parce que, suppose-t-on, un capitaine de ce régiment, Henri César Cotte, était originaire d’Orain. Jean quittera ce régiment pour les dragons de Beauffrémont en 1738, puis pour la cavalerie du régiment d’Anjou en 1744, mais réintégrera finalement et définitivement le régiment de Touraine vers 1750.
    
Le 13 janvier 1750, (il a 51ans déjà!) il épouse à l’église d’Orain, sainte Benigne, Anne RABIET, née le 22 août 1727 (et donc âgée de 22 ans) fille de Claude Rabiet (né comme Jean en 1699, décédé en 1746), laboureur à Chaume et de Anne Dumoulin (1697-1729) tous deux donc décédés lors de cette union.
A l’armée, Jean a appris à signer de son nom, ce que personne ne savait faire parmi les siens.
E
n 1756 commence la guerre de 7 ans. En 1758, Jean est blessé d’un coup de feu à « Crevelle » (Krefeld, où le 23 juin 1759 Ferdinand de Brunswick bat l’armée française). Le 1er août 1759, c’est la bataille de Minden. Les boulets de canon ennemis déciment les rangs des grenadiers du régiment. Après ces bombardements, le régiment de Touraine subit les assauts de la cavalerie. La plupart des soldats et officiers sont blessés. Malgré ses 60 ans, Jean se bat comme un lion, et reçoit 7 coups de sabre. Refusant tout avancement, il préfère poursuivre au régiment sa vie de soldat marié.
Les épouses alors suivent leurs hommes de camps en cantonnements. La solde est régulière mais modeste et les femmes se font un peu d’argent en menus travaux de blanchissage ou de raccommodage. Les garçons nés de ces foyers étaient « enfants du régiment » et admis à la solde en qualité « d’élèves tambours, fifres ou trompettes » en attendant leur engagement comme soldats.
Le ménage Theurel a eu 2 filles et 2 fils : l’un des fils est Dominique, né à Orain en 1751, le second Jean-Baptiste est « né dans la troupe » à Strasbourg en 1764 (son père a 65 ans!). Il n’a pas été retrouvé trace des 2 filles, mais il semblerait que la dernière soit née en 1774, alors que Theurel avait 75 ans et sa femme 49 !
En 1780, le régiment de Touraine part « pour les Amériques » avec la brigade de Saint-Simon et participe à la bataille de Yorktown. C’est là qu’un des fils, Dominique, est tué. On n’a pas de certitude sur le fait que Jean Theurel ait participé à l’expédition américaine. La liste officielle des combattants français en Amérique établie en 1905 par les soins du sénat américain le donne figurant au régiment de la compagnie Charlot. Par contre, on ne le trouve pas dans les documents, fragmentaires, contemporains du régiment de Touraine. Au moment du départ, il avait 81 ans et, si vert qu’il ait pu être, on se demande si ses chefs lui auraient fait prendre les risques d’une expédition coloniale qui a été si meurtrière même pour les jeunes.
Selon les contrôles, Theurel « part pour la pension » le 30 décembre 1783, après le retour du régiment en France. Mais que faire quand on a 84 ans, une femme et une fillette de 9 ans ? Theurel reste au régiment !
En 1784, il obtient par requête auprès du Baron de Satie que sa solde soit augmentée, faisant observer qu’avec 68 ans de service, il peut obtenir deux médaillons de vétérance (médaillon à entourage doré où s’entrecroisent deux épées, distinction accordée pour 24 ans de service) : Il obtient donc une solde de 200 livres au lieu des 90 qui lui étaient accordées précédemment.
En 1787, le régiment fait mouvement d’Avesne vers Rennes. Profitant de son passage à Pontoise, son « Mestre de camp en second », le Vicomte de Mirabeau, en profite pour aller faire sa cour à Versailles. Avoir en son régiment un si vieux soldat est une trop belle occasion de se faire remarquer.
Mirabeau fait venir Theurel à la cour et s’arrange pour le faire présenter au Roi Louis XVI…. « Monsieur le prince de Luxembourg voulut bien le placer sur le passage du Roi et le lui montrer : sa Majesté s’arrêta, demanda de quel régiment il était et parut satisfaite. Monsieur le prince de Luxembourg lui remit cent écus de la part du Roi et cinquante de la part de chacun de ses augustes frères » écrit et signe le Chevalier de Mirabeau qui ajoute la note suivante dans ses écrits : « Dimanche dernier 2 décembre, Sa Majesté a décidé que la pension de récompense militaire dont jouit le sieur Theurel serait convertie en une pension de 300 livres sur le trésor royal dont 200 livres seront réversibles à sa femme, et, après elle, à chacun de ses enfants. »
 
C’est la gloire! Peintres et dessinateurs se précipitent pour faire son portrait!
Aux archives municipales de Tours figure un document tout à fait intéressant, écrit par Jean Theurel lui-même (ou plus vraisemblablement par un écrivain public), à Perpignan, le 5 février 1789 ! adressé à
 
Adresse du peintre du Roy
« Monsieur le peintre du Roy au bout de la rue Bergère »

 De Perpignan, le 5 février 1789
 Celle-cy est pour profiter d’une occasion qui vient
 de marivé qui est le valet de chambre à Monsieur le Marquis
 de Dhovet qui est sur son départ pour aller à Paris et
 lui ayant parlé de mon habit que j’avais laissé chez
 vous Monsieur je vous prierai de vouloir bien avoir la
 Bonté de le remettre au présent porteur pour qu’en
 revenant aux régiments que je puisse le lavoir car
 il m’est utile parraport qu’il est d’ordonnance vous obligerez
 celui qui a l’honneur d’être votre très soumis et serviteur
 et sans oublier bien du respect à madame votre
 Epouse ainsi qu’à mesdemoiselles
 Vos filles vous voudrez
 Bien m’excuser si j’ay tant tardé à vous donner de
 Mes nouvelles mais c’est qu’ayant perdu votre adresse 
 C’est ce qui m’occasionnoit du retard à vous écrire
 C’est ce qu’il me chagrinait beaucoup monsieur je vous
 Prie qu’en renvoyant mon habit je voudrais bien que
 Vous me mettiez quelques Estape ou tableaux dedans
 Et suis votre fidel amy Theurel
 Vétéran aux régiments de Touraine à Perpignan

Voici le début de cette lettre :

 Lettre au peintre du Roy

  A la fin du message, Theurel a noté l’adresse du Marquis dont le valet lui sert de commissionnaire dans cette affaire :
A Monsieur le Marquis...
Monsieur le Marquis D…(?) Rue du Croissant la 1ère porte cochère à gauche en entrant par la rue Monmartre.
 
 Ce succès ne fait pas perdre la tête à notre Theurel qui profite de la faveur du Roi pour souscrire le 14 décembre 1787 un nouvel engagement au régiment de Touraine….ce qui lui donne le droit en 1788 de recevoir son troisième médaillon de vétérance !
 Le régiment de Touraine va connaître avec Mirabeau devenu colonel, des démêlés dont on trouve trace dans la gazette nationale du 28 juin 1790. Suite à un incident survenu à Laval, où les soldats du régiment avaient voulu introduire en ville des marchandises soumises à droits et où s’en était suivie une bagarre avec des employés, le Colonel Mirabeau fut prié de rejoindre le régiment de Touraine pour sévir. Les soldats subirent la nouvelle punition de « coups de plat de sabre » préconisée par le Roi pour les fautes légères (châtiment pratiqué dans les armées prussiennes) ; le Roi pensait en effet que la prison était nuisible à la santé. Un blâme fut quand même donné aux officiers, et le régiment envoyé en disgrâce à Perpignan. En mars 1789, Mirabeau est élu député de la noblesse du haut Limousin et part à Paris. En mai, à la suite de divers troubles, une sédition éclate au régiment de Touraine. Mirabeau est prié d’aller voir ce qui se passe et part le 2 juin pour Perpignan. Alors que dans un but d’apaisement les drapeaux du régiment avaient été déposés chez le maire, on ne sait pourquoi, quelques jours plus tard, au moment de repartir à Paris, Mirabeau arrache les « cravates » des drapeaux, partie la plus respectée et la plus symbolique de ceux-ci… Le régiment bourdonne comme une ruche. Mirabeau sera rattrapé, les cravates récupérées et l’affaire portée devant l’assemblée nationale.
 Monsieur Siam, député de la garde nationale de Perpignan déclare dans la gazette … 
« On voyait des soldats courant au hasard dans les rues de notre malheureuse ville... Le célèbre Theurel, le plus ancien soldat de France, à la tête des vétérans, montrant à mes concitoyens son triple médaillon de vétérance, leur redemande les enseignes qu’il avait suivies pendant quatre vingt ans sous trois rois victorieux. »
  
 Jean Theurel part enfin pour la pension le 31 janvier 1792, après 76 ans de service actif !
 Il est logé à la caserne du château de Tours avec sa femme. Il est l’attraction de la ville et est reçu régulièrement chez les officiers.
La gazette nationale lui consacre encore un article : « Tours, le 25 thermidor an IX (16 août 1801) … « Parmi les vétérans qui habitent notre ville en existe un âgé de 102 ans nommé Jean Theurel …… Une remarque particulière est que ce brave homme a vécu dans le cours de trois siècles, né sous Louis XIV, il a servi sous ses deux successeurs et sous la république. Il jouit d’une bonne santé, il y a quatre jours, il est revenu de Montauban dont il a pris plaisir à faire une partie de la route à pieds… »
  
Le 4 brumaire de l’an XIII (il a 106 ans...!), il est décoré de la Légion d’honneur créée par Bonaparte.
La fin de l’hiver 1807 a été dure à Tours : Le 6 mars la gazette parle de tempête, de grand froid, de vent du nord et de neige. Jean Theurel n’y résiste pas et s’éteint le 10 mars à la caserne du château.
Son acte de décès, conservé aux archives de la ville de Tours, est signé de l’adjoint chargé de l’état civil : Balzac, le père de l’écrivain.
Il eut droit à des obsèques dignes de sa carrière militaire. Un décret signé de Napoléon le 10 septembre 1807 octroie une pension de 300 F en faveur de sa veuve, dont on perd ensuite la trace. On sait simplement qu’elle n’est pas morte à Tours.
Sur le portrait de 1ère page, nous voyons un Theurel bien droit, les cheveux blancs au vent, avec les yeux bleus enfoncés que mentionne son signalement. Sa main droite est posée sur son tricorne et il tient dans sa main gauche la petite pipe en terre si populaire dans les armées de Louis XVI. Equipé seulement de son sabre réglementaire, il porte fièrement sur son uniforme du régiment de Touraine, outre les 3 médaillons de vétérance qui l’ont rendu célèbre (1 pour 24 ans de service, donc 72), une autre décoration qui ne peut être la légion d’honneur puisque celle-ci lui aurait été remise 7 ans plus tard par Napoléon Bonaparte. Signé en 1788, ce portrait a été exécuté alors que Jean Theurel avait 89 ans, juste après sa réception par le roi du 10 novembre 1787 (Hubert GELLY).

Jean-Baptiste et Marguerite Theurel

 Jean-Baptiste THEUREL
et Marguerite MOROT

Marguerite Theurel, née MorotEntre Jean THEUREL, notre fameux vétéran du régiment de Touraine, et sa petite fille Séraphine qui adopta par son mariage avec Alexandre le nom de LIMASSET, se situent Jean-Baptiste et sa femme Marguerite, née MOROT :
Second fils de Jean Theurel et d’Anne Rabiet après Dominique (né en 1751 et mort « aux Amériques » entre 1780 et 1783), Jean Baptiste est « né dans la troupe » à Strasbourg en 1764. Enfant du régiment, il y est élevé comme élève musicien (affecté au tambour et fifres, comme généralement les enfants de soldats qui suivent la troupe avec leurs parents) avant d’avoir l’âge de s’engager, ce qu’il fait en 1783. Il sera sergent en 1791 puis sous-lieutenant en 1793.
Il se retire plus tard dans sa Franche Comté natale, comme cultivateur et éleveur de bétail à Cintrey (Haute-Saône) et il épouse en 1809 Marguerite Morot, née non loin de là, à La Rochelle (village de Haute-Saône également). Solide comme son père, Jean-Baptiste est mort à 96 ans. Marguerite est morte en 1865 (date de naissance non connue). La seule image que nous ayons d'elle (ci-contre), est celle d'une femme déjà très âgée. Nous ne connaissons pas le visage de notre ancêtre Jean-Baptiste THEUREL.

L'église de Theuley  Rue principale de CINTREY
 

Jean-Baptiste et Marguerite ont eu 13 enfants dont, semble-t-il, 4 sont morts en bas âge. De ceux qui ont vécu, nous avons encore beaucoup de traces, à travers en particulier les lettres et écrits de (et sur) Joseph Theurel, celui qui, de missionnaire au Tonkin, devint évêque d'Acanthe et échangea avec les siens, dont notamment Séraphine et Alexandre, de nombreux courriers :

Les 9 enfants de Jean-Baptiste et Marguerite:

  1. Jean-Baptiste (1809-1869), Chanoine à Reims. Photo.
  2. Anne Marie (1812-1884), sœur Onésime, morte en Egypte où elle a fondé 2 couvents, à Alexandrie et au Caire. Photo.
  3. Charles François, curé de Theuley (Haute Saône). Photo.
  4. Elisabeth (1821-1853), mariée à François Berney, dont elle a 3 enfants, Jean-Baptiste (mort à 18 ans), Jules, et Marie, mariée à Charles Joffrain, professeur au lycée de Reims.
  5. Claude, ancien zouave, marié à Ernestine. 2 enfants : Paul et Marie.
  6. Pierre, instituteur à Champenois, près de La Rochelle (petite ville de Haute-Saône) marié à Marie, 8 enfants,
  7. Séraphine Anne (1827-1898) - photo-, qui épouse Alexandre LIMASSET (1827-1893) -photo-, directeur du petit lycée de Reims. Elle-même est professeur de classe enfantine. Ils ont eu 5 enfants dont Marthe, Lucien et Marie, deux autres garçons étant morts en bas âge.
  8. Joseph (1829-1868), missionnaire au Tonkin occidental où il devient évêque à Acanthe. Photo.
  9. Marie-Thérèse (1834-1851).

Séraphine est notre aïeule directe (elle est la grand-mère paternelle de Suzanne ALLIOT). La mémoire familiale nous a transmis d'elle quelques souvenirs. Mais c'est la correspondance échangée avec son jeune frère Joseph, et, à la fin de la vie de celui-ci, avec le jeune Paul Thin, jeune catéchiste Tonkinois venu en France accompagner l"évêque d'Acanthe" pour qu'il y soit soigné, qui évoquent le mieux le souvenir de cette aïeule que nous retrouvons, avec son mari Alexandre Limasset, dans les pages qui suivent.

Son jeune frère Joseph voulait être missionnaire. C'est au Tonkin (Vietnam du Nord) qu'il va réaliser cette vocation: après avoir suivi la formation adéquate au séminaire des Missions Étrangères à Paris, c'est en toute connaissance de cause qu'il embarque un jour pour ce pays où les mandarins locaux, sous l'autorité ou non du roi, se livrent à de terribles persécutions contre les chrétiens : les archives familiales et celles des Missions Etrangères de Paris nous ont laissé documents, lettres, livres, témoignages, images et photos qui permettent de découvrir aujourd'hui cette destinée particulière comme une véritable épopée (à consulter dans la partie du site intitulée "Personnages, lieux et événements").
De la vie des autres enfants de Jean-Baptiste et de Marguerite, Claude, le zouave, Pierre l'instituteur, Charles, Jean-Baptiste, le frère aîné..., il reste selon le cas, plus ou moins de détails. Ceux-ci sont fournis le plus souvent par les échanges de lettres des uns et des autres: Le cas de Sœur Onésime, que nous retrouverons aussi sur ce site, est particulier: sa vocation l'a en effet amenée à faire partie d'une congrégation chargée de l'éducation des jeunes filles de la Légion d'honneur (création de Napoléon Bonaparte), à Paris ou dans la région parisienne. Mais c'est en Egypte qu'elle a terminé sa vie, deux écoles ayant été créées là-bas, l'une au Caire, l'autre à Alexandrie.
Jean-Baptiste et Marguerite Theurel ont eu la douleur de perdre leur fille Marie-Thérèse, morte à 18 ans, le 5 mai 1852, de la petite vérole, qui non contente de leur ravir leur plus jeune fille, aurait emporté aussi deux frères encore en bas âge… En 1853, c’est une autre fille, Elisabeth, qui disparaissait à 32 ans. Mariée à François Berney, « entrepreneur cultivateur » à Cintrey, elle lui a laissé 3 enfants, Jean-Baptiste, Jules et Marie.
Jean-Baptiste et Marguerite, n’ont pas eu le joie de revoir Joseph, lorsqu'il fit un passage en France pour bénéficier de soins que les conditions de vie au Tonkin lui interdisaient. Marguerite était morte depuis peu, en 1865. Elle était veuve depuis 1859. Le livre qui a été écrit peu après sa mort sur Joseph Theurel raconte comment, revenu dans son village, il apprend qu'il ne la reverra pas (cet épisode est raconté dans le dernier des chapitres du site consacrés à Joseph).

Jean Baptiste et Marguerite ont été inhumés au cimetière de Cintrey avec leurs deux filles Marie-Thérèse et Elisabeth. Charles est inhumé à Theuley dont il fut curé. Dans cette lettre, l'une des petites filles de Séraphine et d'Alexandre, Marguerite Klein (née Limasset), évoque les lieux où ont vécu ces ancêtres et où ils ont été portés en terre (elle écrit à Françoise, l'une de ses nièces) :

« 20 février 1940,

"[…] Te voilà dans le pays de nos pères ! Tu sais que ton grand-père Limasset (Lucien Limasset) a passé son enfance dans un petit pays nommé « la Rochelle » tout près de Vesoul. Ce petit pays a une église commune avec un autre village du nom de Cintrey. Cette église qui se trouve près de l’école se nomme Laître. Si tu te promènes de ce côté, tu pourras y voir une plaque de marbre portant le nom des 3 grands oncles Theurel… et tu trouveras une tombe Theurel dans le cimetière qui entoure cette église. […] Nous avions retrouvé également dans un autre pays au sud de Vesoul, à Véreux, la tombe des grands parents Limasset (Séraphine et Alexandre Limasset), tout près de l’église, dans un terrain vague, ancien cimetière. […] Un 3e pays, Theuley, était plein de souvenirs aussi pour ton grand-père. C’est là que son parrain était curé et il y a passé beaucoup de vacances. C’est là qu’est morte sa grand’mère qui l’avait élevé et qui portait le nom dont j’ai hérité (Marguerite Morot, épouse Theurel, dont elle a hérité en fait du prénom) […]"

Suzanne et Maurice Alliot, à leur tour, feront en octobre 1959 leur petit pèlerinage sur les lieux :

"Nous avons vu la petite et gracieuse église de Theuley, et, au milieu de l’ancien cimetière bien abandonné, la tombe du grand-oncle Charles Theurel, ancien curé… […] nous avons vu la cure qui est vaste, surtout pour un si petit village : un grand corps de bâtiment au fond d’une cour et deux petits bâtiments de communs. Nous avons été dans la grande salle à manger qui a vu grand-père Limasset (même si elle le nomme ainsi, Suzanne évoque bien ici son père Lucien qui séjournait beaucoup chez ses grands parents). Nous avons vu la Rochelle, pittoresquement construit autour d’une grande place carrée ayant un peu l’allure d’une cour de ferme, bordée d’un côté par un vieux château, dont il est curieux que nous n’ayons jamais entendu parler, et au milieu de la place, une petite chapelle. […] Par une jolie petite route au milieu des combes assez sauvages et boisées (grand-père Limasset disait y avoir entendu des loups dans son enfance), nous sommes arrivés à la grande église de Laître, maintenant seule sur sa colline, avec le vaste presbytère, son jardin et deux ou trois maisons… »

La Rochelle, le Château aujourd'hui   La Rochelle, la chapelle
Le Château et la Chapelle, sur la place de La Rochelle (Haute-Saône)

Suzanne et Maurice ont reproduit sur le texte ci-dessous ce qu'ils ont lu, gravé dans le marbre de l'église de Laître :

plaque commémorative

Pour revoir l'arbre généalogique de la lignée Theurel - Limasset, depuis les parents de Jean Theurel et de sa femme Anne Rabiet, jusqu'aux dernières générations, cliquer ici (version téléchargeable en format pdf et imprimable à la taille souhaitée).

Séraphine et Alexandre Limasset

 

Séraphine THEUREL
et Alexandre LIMASSET

Séraphine Theurel-Limasset  Alexandre Limasset

On a vu quelle était l'origine de notre ancêtre Séraphine au chapitre précédent.

Du côté LIMASSET, Alexandre est le fils de Jean-Claude Limasset (1785-1854), directeur des Hauts-Fourneaux de Monthureux-sur Saône (sous ce nom prestigieux il s'agit d'une petite forge artisanale), et de Françoise Belotière (1785-1858). Alexandre Limasset, né en mars 1827 à Véreux (Haute-Saône) est le dernier d’une fratrie de 7 frères et sœurs : Françoise, Jean-Baptiste, Etiennette, Hélène, Hippolyte, Lucile, et lui-même. Contrairement à le famille Theurel, les frères et soeurs d'Alexandre ne nous ont pas laissé de souvenirs.

Le village de Monthureux sur Saône  Véreux, Haute Saône

Le couple s'est établi à Reims. Tous deux sont dans l'enseignement : Alexandre est directeur du petit lycée de Reims, et Séraphine est professeur(e) de classe enfantine. Plus tard, on trouve trace d'Alexandre Limasset dans les documents officiels de l'Instruction Publique: il est devenu Inspecteur de l'Instruction Primaire à Reims (cliquer chaque page, en particulier la 3e, pour l'agrandir):

Document p.1   Document p2  document p.3

Entre temps, Séraphine et Alexandre Limasset ont eu 3 enfants:

1.     Marthe, qui a épousé Jules BUGNARD
2.     Lucien, qui a épousé Angèle POULLOT
3.     Marie, qui a épousé Dosithé (Désiré) MONIMART (ce sont les grands parents de Marcel Monimart, médecin à Mayenne, que la famille Alliot-Boudin a bien connu).

  Marthe, Lucien et Marie
De gauche à droite, Marthe, Lucien et Marie, photographiés vers 1860

Nous n'avons que peu de documents qui nous renseignent sur la vie de Séraphine et d'Alexandre. Un site web, La Vie Rémoise, numérisation des chroniques de la vie à Reims aux XIXe et XXe siècles, écrites par le mémorialiste Eugène Dupont (1859-1941), relate l'activité économique, politique, musicale, artistique et en général tous les petits et grands événements de la ville, mariages, décès, faits divers, accompagnés de nombreuses anecdotes… En particulier, on y retrouve des éléments de biographies, de mémoires et témoignages, des portraits rémois et champenois, des informations nécrologiques, des indications sur les cimetières, sur les anciennes rues, les hôtels particuliers, des bibliographies, des généalogies... mais attention, notez le site, mais prenez le temps: vous allez vous y perdre!  www.lavieremoise.free.fr 
Au détour des pages de ce site, on trouve mention de personnalités de notre famille. c'est ainsi que Alexandre Théodore Limasset est un jour de 1875 cité comme témoin d'un mariage: "Notre futur banquier, Edmond Chapuis, né à Gray en 1852, fils de Chapuis-Limasset, et Anne Philippe, âgée de 20 ans, fille de Philippe-Niclosse, rue du Jard, 41. Quatre témoins non des moindres : Alfred Chapuis, A.-T. Limasset, directeur de l’École préparatoire au Lycée, le docteur Chéruy, d’Hautvillers, et l’ancien fabricant, François Loth, rue du Jard, 96, ..etc."
Ailleurs, on a quelques détails "... Pierre Alexandre Théodore Limasset, 66 ans, rue des Moulins, 17, ex-directeur du Petit-Lycée, époux de Anne Séraphine Theurel. A un fils, Charles Lucien, ingénieur à Châlons. Son gendre Désiré Monimart est marchand de tissus Esplanade  Cérès, 13"...
Mais il est aussi un jour cité à la rubrique des décès : "LIMASSET (Pierre Alexandre Théodore) : Officier d’Académie, ancien directeur du petit lycée de Reims, membre du conseil de fabrique de Saint-Remi, décédé à Reims, le 10 juin 1893, dans sa 67e année, dirigea pendant longtemps les premiers pas de l’enfance dans la voie de l’instruction et de l’éducation au petit lycée de Reims. Il était né le 27 mars 1827, à Véreux (Haute-Saône)".…

Séraphine Limasset   Alexandre Limasset

Alexandre est décédé en 1893, Séraphine en 1898.

Lucien Limasset, volet 1

Lucien LIMASSET

 Lucien enfant

et Angèle

1ère partie
AVANT 1900

Charles-Lucien  Limasset est né à Reims le 8 Octobre 1853. Son père et sa mère sont tous deux issus de familles nombreuses de la Haute-Saône. Rappelons que le grand-père paternel de Lucien, Jean-Claude Limasset, né en 1785 et mort en 1854 alors que Lucien n’avait que quelques mois, était directeur des "Haut-Fourneaux" de Monthureux-sur-Saône (Vosges): c'étaient des petites forges artisanales sans commune mesure avec les installations industrielles qui se sont développées dans l'Est sous le même nom. Il avait épousé Françoise Belotière, née en 1785 et décédée en 1838, à 53 ans. Tous deux sont inhumés à Véreux en Haute-Saône. Lucien, donc, n'a pu conserver aucun souvenir de ses grands-parents paternels qu'il n'a pas connus.
Il en est tout autrement de ses grands parents maternels : Jean-Baptiste Theurel, qui disparaît en 1862 (Lucien a un peu plus de 8 ans), et Marguerite, née Morot en 1786, que Lucien va bien connaître jusqu'à sa mort en juillet 1865, alors qu'il allait sur ses 12 ans. Ils étaient cultivateurs à La Rochelle près de Ceintrey (Meurthe et Moselle), où ils sont enterrés.
Les parents de Lucien, Alexandre et Séraphine, sont dans l'enseignement, comme d'ailleurs plusieurs de leurs frères et sœurs respectifs; lui est directeur du Petit Lycée de Reims, et elle professeur de classe enfantine.
A l’issue de cette carrière à la direction du petit lycée, Alexandre Limasset s’est vu confier par le Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes, la fonction d’Inspecteur de l’Instruction Primaire à Reims.

Marthe Limasset-BrugnardMarie Limasset-MonimartLucien aurait du avoir deux frères aînés: le premier, qui a reçu avant lui le prénom de Lucien, et son cadet, René: Tous deux sont morts jeunes alors qu'ils étaient en nourrice. Aussi Lucien est-il élevé jusqu'à trois ans par sa grand-mère Marguerite. Par la suite, il passera de nombreux moment chez ses grands parents. Il a une sœur aînée Marthe (à gauche), future Madame Bugnard, Marquise de Boisgiroux. Comme les femmes de cette famille, c'est elle-aussi une femme active, économe au lycée de Tourcoing. Marie (à droite), la seconde soeur de Lucien, a trois ans de moins que lui. Son futur mari, Dosithé Monimart, sera négociant en tissus à Reims puis à Roubaix. Les Bugnard ont eu 3 filles, les Monimart 3 fils.

Lucien Limasset aime à se rappeler les séjours chez ses oncles Theurel, dont trois sont dans les ordres. Le Chanoine Jean-Baptiste (photo), qui réside à Reims, a sans doute été l'instigateur de la venue du ménage Alexandre-Séraphine à Reims par l'entremise du Chanoine Deglaire , aumônier du Lycée. L'oncle Charles (photo), le parrain de Lucien, resté au pays franc-comtois, est curé de Theuley, à 15 kilomètres de Ceintrey. Pendant les vacances qu'il passe en Haute-Saône, Lucien, quand il va chez lui, sert la messe chaque matin; c'est en sonnant la cloche de l'Eglise avec Marie, qu'un jour la corde lui échappe des mains et qu'il voit sa petite sœur s'élever dans les airs !

L'église de Theuley
L'église de Theuley, le presbytère (à droite), et la rue des Écoles

Lucien conserve surtout un souvenir marquant de son oncle le plus jeune, l'oncle Joseph (photo), Evêque d'Acanthe , Vicaire Apostolique du Tonkin Occidental, revenu en France quelques mois pour raison de santé en 1866. Lucien a eu l’honneur de partager le lit de son Eminence, lors d'un de ses voyages au pays natal et il en a tiré une immense fierté ! Lucien, d'ailleurs, au cours de ses jeunes années, voulait lui aussi devenir missionnaire dans ces contrées lointaines d'Asie, et Joseph comptait bien l'y accueillir un jour. Si Lucien avait persévéré dans sa vocation, nous ne serions pas là pour en parler. Quant à Joseph, il est mort trop jeune pour continuer à faire vivre le Tonkin dans l'imagination de son neveu au delà de ses 15 ans...

CollégienEn attendant, les études de Lucien se sont poursuivies au Lycée de Reims. On le voit sur cette photo, à cette époque, en costume de collégien.
Une grave pleurésie le terrasse à onze ans, et l'arrête assez longtemps, l'obligeant à retourner à la campagne, à Ceintrey, chez la fameuse grand' mère Marguerite qui devait avoir alors 78 ou 79 ans et cet aspect (photo), jusqu'à sa guérison. Très sérieux, exceptionnellement intelligent, mais aussi très vivant, c'est un petit espiègle, qui ne s'ennuie jamais, héros de bien des histoires et anecdotes que sa femme Angèle racontait plus tard, à Laon, à ses petits enfants. Cela ne l’empêche pas de réussir et de passer facilement ses baccalauréats, avec un peu de retard, ce qui lui fait craindre de ne pouvoir continuer ses études supérieures. En vrai rémois, il entre alors, comme employé, dans une maison de champagne, la maison Kunkelmann.

C'est à ce moment, après 1870, que, à la faveur de la désorganisation du Lycée de Reims résultant de la guerre, sur le conseil d'un de ses professeurs qui connaît ses possibilités, et pour éviter aussi de faire sept ans de service militaire comme l'impose la nouvelle loi de recrutement de l'armée, que Lucien Limasset a l'idée de préparer le concours d'entrée à l'Ecole Polytechnique et à l'Ecole Normale Supérieure. Très rapidement, en 1873, il est reçu à ces deux concours. Il opte pour Polytechnique, dont il sort 4ème en 1875, classé dans les premiers des Ponts-et-Chaussées, et juste derrière Raymond Poincaré, sorti 2ème de la promotion, dans les Mines.
Après deux années d'Elève-Ingénieur à l'Ecole des Ponts à Paris, il entreprend, dans ce corps, une carrière qui va s’avérer fructueuse et dont il se retirera en 1919.
Le premier poste occupé par Lucien Limasset comme Ingénieur des Ponts-et-Chaussées est à Mirande, lointaine sous-préfecture du Gers, dont il conservera un bon souvenir, mais où il ne reste que deux ans, heureux de se rapprocher de son pays natal, dès que lui est offert le poste d'Ingénieur à Châlons-sur-Marne. Nous sommes en 1879. Pendant environ 12 ans, il est chargé de tout le réseau routier du département, routes nationales et départementales, cumul rare à cette époque. La stabilité de son poste lui permet de s'intéresser aux techniques du métier, de modifier les errements suivis pour l'entretien des routes et de surveiller de près la construction de quatre grands ponts sur la Marne. Remarqué par sa hiérarchie, il reçoit très jeune la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, avant de quitter Châlons.

*****

Entretemps, Lucien Limasset a épousé, le 26 Février 1881 une jeune rémoise, fille aînée de Jules Poullot , industriel qui préside aux destinées des importantes usines Saint-Thomas, où il vient de réunir Peignage, Filature et Tissage.

Angèle PoullotAngèle Poullot est née à Reims le 2 Mai 1861. Elle vient de terminer, lors de son mariage, ses études comme pensionnaire au Sacré-Cœur à Paris. Elle n’a que dix-neuf ans. Lucien en a 27.
Angèle Poullot est évoquée ainsi dans les chroniques familiales, en particulier sur la descendance de Lucien Limasset, établie et commentée par des membres de la génération suivante) : "A peine plus grande que son mari, Angèle Poullot est un peu forte. Ses traits calmes, ses yeux bleus reflètent un tempérament équilibré. Ses cheveux sont châtains, son teint blanc. Son intelligence est vive et Lucien, très pris par des travaux intellectuels, lui laisse le champ absolument libre pour la gérance de la fortune, l’organisation de la maison et les soins aux enfants. Les étrangers, souvent, la trouvent froide, distante… Elle est pourtant d'une sensibilité très vive, les émotions l'ébranlent profondément, ou peuvent même la bouleverser sans qu’une certaine timidité lui permette d'en rien montrer".

 Le ménage s’installe donc à Châlons-sur-Marne, dans une petite maison de la rue Saint-Eloi, où des enfants viennent (très !) vite apporter de l’animation : Après la naissance à Reims du premier fils André, le 19 décembre 1881 (10 mois après leur union), les autres naissances se succèdent rapidement, à Châlons : Joseph voit le jour le 21 février 1883, Jean, le 23 mai 1884, Marc, le 31 octobre 1885! Angèle a à peine plus de 24 ans. Le petit logement du début devient trop étroit, alors on empiète sur la maison voisine qui appartient au même propriétaire, en lui demandant successivement une, deux, puis plusieurs pièces au fur et à mesure de l'augmentation de la famille. Car après les fils, voici les filles : Geneviève, née le 16 février 1887, Marguerite, née le 19 janvier 1889, Suzanne, née un peu plus tard, le 11 mai 1893… La famille est désormais installée dans deux maisons jumelles et les garçons, en pleine forme, « soignent» les jardins au grand dam du propriétaire. A respectivement 40 et 32 ans, Lucien et Angèle sont à la tête d’une famille de 7 enfants! 

 André et Joseph  1990 à Chalons
Sur cette photo très typique de l'époque, on reconnaît les garçons Limasset à leur habit foncé traversé de surpiqures verticales blanches : À gauche, André (assis) et Joseph, au fond, Jean, et assis devant, le plus jeune, Marc. Les filles Limasset ont un large col blanc : on reconnaît la blonde Geneviève, au centre, et Marguerite, avec sa frange courte. Sur la photo du haut, les deux aînés, André et Joseph. Les deux autres petites filles et leurs quatre frères au large col marin, sont des petits Belley, famille avec laquelle Lucien et les siens, déjà, faisaient de la musique.

Et voici suzanne qui à son tour vient poser devant le photographe, entourée des 6 autres !

La charetteLes 7
Joseph et André, en haut, Marguerite à gauche et Geneviève à droite, Marc en bas à gauche et Jean à droite, tous encadrant la petite Suzanne. On doit être fin 93 ou début 94!

Les Limasset se sont fait des amis à Châlons. Grand amateur de musique (pendant ses études à Paris, Lucien a fréquenté les salles de concert, et apprécié l'opéra). Décidément doué pour beaucoup de choses, il s’est mis au violoncelle et se révèle rapidement très bon exécutant parmi l’orchestre familial qui s’étoffera au fur et à mesure que les enfants grandiront, où certains jouent du piano, et d’autres du violon. De petits concerts s'organisent...
De temps en temps, la famille se rend à Reims où se trouvent les grands parents des deux côtés : Papa Jules et Maman Adèle côté Poullot, « Pépère et Mémère » pour Alexandre et Séraphine Limasset… C’est là que l’on passe une partie des vacances scolaires, même si les déplacements, en particulier pour une famille aussi nombreuse, ne sont pas simples. A Chalons, père et fils font leurs premières randonnées sur de primitives bicyclettes.
Quand la famille s’apprête à quitter Chalons pour Laon, André, l’aîné, a 13 ans et Suzanne à peine 2 ans.

En 1894 en effet, Lucien figure au tableau d’avancement pour le grade d’Ingénieur en Chef. Il est aussitôt appelé par le préfet de l’Aisne à prendre des fonctions plus importantes dans ce département où il se voit confier deux services ordinairement distinct (ponts et chaussées d’une part, service vicinal d’autre part). Des tâches très importantes lui sont ainsi confiées, entretien en particulier d’un très important réseau de routes nationales (7500 km sur 5 arrondissements), construction de centaines de kilomètres de voies de communication, ponts, lignes de chemin de fer locales mêmes, dont on pensait alors qu’elles auraient une grande utilité. Une fois par mois, Lucien réunit chez lui ses collaborateurs.
La famille s’est installée à Laon, 6 rue Saint-Cyr.

En décembre 1895, c’est la naissance d’Yvonne, 8ème enfant et 4ème fille de la famille….
Mais à la fin de ce 19ème siècle, les adultes ne négligent pas, même lorsqu’ils ont comme Lucien et Angèle une vie professionnelle et familiale plus que remplie, de faire leur part aux loisirs. Deux ans après leur arrivée à Laon, les Limasset sont bien introduits dans la bonne société de la ville, et profitent à leurs heures des festivités qui y sont organisées. La chronique, conservée, d’une soirée costumée qui eût lieu un soir de mardi gras, le 24 février 1897, en témoigne :

SOUVENIR d’un BAL COSTUME
LAON, le 24 Février 1897, chez Mme LANGLOIS.

Le quartier du Cloître, dont les rues austères sont d'ordinaire quelque peu désertes dès que les ombres du soir ou les fréquents brouillards s'épandent sur notre ville, était hier, 24 Février 1897, en quête de rumeur. Un Bal Costumé amenait chez Madame Langlois, la providence des danseurs, toute la société aimable et charmante, agrémentée des travestissements les plus inattendus et les plus gais.
Un cercle de curieux occupait, tout d'abord, la rue et le trottoir. La joie et les lazzis s'y donnaient libre carrière. Premier laminoir où le marquis au pas furtif arrivant tête baissée pour n'être pas reconnu, savait de suite quel effet il allait produire et comment il devait se présenter sous le feu des regards interrogateurs et des lumières resplendissantes.
La maîtresse de céans, en superbe costume Pompadour garni de paniers lilas, l'aigrette du commandement dans les cheveux, recevait ses invités avec la bonne grâce accueillante que chacun lui connaît [.....].

Cliquer ici pour ouvrir le texte complet en version pdf,
et découvrir en qels costumes étaient déguisés ce soir là Lucien et Angèle LImasset!

Il ne manquait que Renée, née en décembre 1898, pour que la famille soit complète.
La magnifique photo ci-dessous des 9 enfants (cliquer dessus pour lui donner sa taille réelle), a été prise à Laon vers avril ou mai 1899, on reconnaît de gauche à droite, Suzanne, 6 ans, à sa droite Jean, 15 ans, Joseph, debout, 16 ans, Geneviève, 12 ans, qui tient Renée, âgée de quelques mois, Marguerite, 10 ans, Marc, 13 ans, et l’aîné, André, 17 ans et demi, tenant sur ses genoux Yvonne, âgée de 3 ans et demi.
C'est sur cette image que se termine ce premier volet de la rencontre avec Lucien et Angèle. Un nouveau siècle s'ouvre devant cette famille magnifique!

Enfants Limasset

Lucien et Angèle: 2eme volet

Lucien et Angèle
LIMASSET

 

2ème partie
de 1900 au début de la guerre de 1914-1918

 

Portrait de famille

 

Cette superbe photo de famille ouvre d'autant mieux ce second volet de l'histoire de la famille Limasset que celle-ci y est entourée des parents et des frères et soeurs d'Angèle. Elle-même est assise au 1er rang, à gauche de notre photo, à côté de son père Jules Poullot et de sa mère Adèle. Assis à droite, c'est Albert Poullot, le seul frère d'Angèle. Derrière celle-ci se tiennent Jeanne (la plus jeune de ses sœurs, épouse Jacquinet), et Lucien. A droite, debout, c'est Berthe (épouse Allais).
Les enfants Limasset sont là, au milieu de leurs cousins : André, en haut, 4e à partir de la gauche, Joseph, 1er en haut à gauche, Jean, en uniforme à côté d’André, puis Marc, 3e en haut à partir de la droite, Geneviève, tout en haut, 3e à gauche, Marguerite, en haut, 2e à droite, Suzanne, 3e à gauche au 3e rang, Yvonne, même rang, 2e à gauche, et Renée, au milieu du 2e rang.

 

Comment vit-on alors ? Plutôt bien! Les garçons font leurs études ou Lycée et les filles au Collège; sur les palmarès des distributions de prix, le nom des Limasset figure à toutes les pages. A la maison, tout ce petit monde tient beaucoup de place. Le jardin, pourtant de bonnes dimensions, devient trop petit et les parents font aménager un terrain de la promenade Saint-Just, le «Grand-Jardin», qui fournira des légumes à la maisonnée, mais surtout va permettre de donner un nouvel essor aux jeux des garçons et bientôt, dès 1901, d'installer un tennis pour les aînés.
On fait toujours beaucoup de musique aussi. On imagine l'ambiance harmonieuse, à la fois studieuse et décontractée, qui règne ici. Pourtant, si l'on en croit Marguerite, qui a écrit les paragraphes qui suivent, il y a aussi chez les Limasset quelque chose d'austère:

 

« Mes parents nous aimaient sans le montrer.
Etant nombreux, maman nous laissait aux mains d'une bonne pour notre toilette. C'était pour moi un complexe d'infériorité vis à vis de compagnes que leur maman coiffait elle-même. Aussi, autant que je l'ai pu, j'ai soigné moi-même mes deux enfants jusqu'à ce qu'ils puissent se débrouiller seuls.
Peu d'intimité peut-être entre parents et enfants, mais confiance absolue, sans se dire des mots tendres. Nous leur obéissions sans penser que nous aurions pu ne pas le faire. D'autre part, nos parents paraissaient nous faire confiance, puisque très tôt, vers 1900, nous circulions seules en ville. Très tôt nous assistions à des cours de danse (14 et 16 ans) qui nous réunissaient aux filles du préfet et aux officiers de la garnison. Réunions également au tennis, toujours en présence de parents. Les garçons ont été orientés vers les grandes écoles par goût pour eux et pour nos parents, et ils ont réussi.

 

Cliquer ici pour voir le document intégral en version pdf

 

Comme l'écrit Marguerite, après un premier séjour à Mers-les-Bains, tout au début des années 1900, qui s’est avéré excellent pour la santé de tous, la famille retourne fréquemment y passer des vacances, surtout quand il n'y a plus de tout petits. Cela se passe alors plutôt en septembre, lorsque Lucien Limasset peut se libérer, après la session d'Août du Conseil Général.

 

La promenade et la plage Villas de la plage
Photos de Mers-les-Bains vers 1900 : La Promenade de la Plage et les villas en bordure de mer.

 

Si Mers-les Bains, d'accès facile, est souvent le lieu de villégiature, la famille Limasset apprécie aussi la Bretagne sauvage qu’elle retrouve par exemple, en cet été 1904, à Beg-Meil, petit village situé de la commune de Fouesnant, dans le Finistère (Beg Meil veut dire "pointe du moulin"). De Beg-Meil, endroit beaucoup plus sauvage que Mers-les Bains, on dit que c’est la mer dans la campagne...

 

Photo d'époque à Beg Meil  Bord de mer à Beig Meil

 

Pour découvrir Yvonne et Renée sur un rocher de la plage de Beig Meil en 1904, cliquer ici

 

Mers-les-Bains 1909. Au balcon de la villa louée en 1909, une partie de la famille Limasset, Marguerite, à gauche, Renée, accoudée, Angèle au centre, puis Suzanne et Yvonne à droite. Elles sont en compagnie des Monet, Marguerite et Paulette, en chapeau, et Pierre. Les Monet, qui ont pris eux aussi leurs vacances à Mers, sont des amis des Limasset, Monsieur Monet ayant suivi le même type de carrière que Lucien Limasset (comme lui, il devient en fin de carrière Inspecteur général des Ponts et Chaussées). Plus tard, en 1918 pour la première, en 1921 pour la seconde, Yvonne et Renée Limasset épouseront les deux frères, Jean et Pierre.

 

Le balcon   4 filles Limasset

 

Sur la photo de droite, on reconnaît, de gauche à droite, Yvonne (14 ans), Renée (bientôt 11 ans), Suzanne derrière (16 ans), et Marguerite (20 ans). Il ne manque sur cette photo que Geneviève (22 ans), qui s'est récemment mariée, le 15 décembre 1908, avec un ami de son frère André, Charles FANDRE, de 9 ans son aîné, ingénieur des arts et manufactures. Ils sont établis à Reims où Charles travaille chez Walbaum avant d'entrer, mais ce sera en 1910, dans la Maison Poullot comme ingénieur-directeur de l'usine de la rue Saint-Thierry (au moment où son beau-frère André Limasset la quitte pour rejoindre l'entreprise parisienne Alliot et Rol.

 

Portraits de famille à Beg Meil
 

 

Ci-dessus, à gauche Jean Monet, puis Suzanne Limasset, Marguerite Monet, et, derrière, Pierre Monet, puis, encadrant Yvonne Limasset, Jeanne et Andrée Guibal, en robe identique à ceinture foncée (autres amies de Laon, fille d’un autre collaborateur de Lucien Limasset) et enfin, à droite, Marguerite Limasset.

 

On retrouve les mêmes, en 1909, en promenade dans la forêt de Fontainebleau (ouvrir la fenêtre)
 
Concert familialCes images de vacances et de détente n’empêchent pas les distractions intellectuelles d’avoir une large place dans le développement de la famille. Le mélomane qu'est Lucien Limasset sait aussi entraîner ses enfants : on fait beaucoup de musique d'ensemble en famille. Ainsi, par exemple, Geneviève, l'aînée tient-elle l'alto dans l'orchestre familial, où elle peut aussi occuper le piano, quand ce n'est pas Marguerite qui peut aussi tenir le violon! Suzanne choisira cet instrument, le violon, et sera vite capable de tenir le rôle de 1er violon dns l'orchestre... Mais nombreux sont aussi les amis conviés à faire de la musique de chambre. Lucien Limasset réussit même à grouper des exécutants issus de tous les milieux sociaux. Un ensemble chœur et orchestre s’est constitué autour de lui qui donne de très beaux concerts.
C'est également à Laon que Lucien Limasset, alliant ses qualités de mathématicien à celles de musicien, s'est lancé dans une étude intéressante et ardue sur la « Théorie rationnelle du mouvement mélodique des sons» (Editée chez Matot-Braine à Reims vers 1909). Il profite, en 1906, des quelques mois d'immobilité forcée que lui cause une grave maladie, pour mettre au point ce travail difficile. Il a préparé également auparavant, au cours de ses loisirs - et déjà lors de son séjour à Châlons - une étude théorique sur l'électricité, travail précurseur intéressant qui, faute de temps, n'a jamais été édité, les réalisations en ce domaine ayant rapidement dépassé les vues de l'auteur, qui en conserve cependant une certaine fierté.
Voici comment, vers cette époque, est décrit, au physique comme au mental, Lucien Limasset :

 


"Lucien Limasset est de petite taille, assez mince à cinquante ans pour endosser encore son uniforme de polytechnicien - l'habit, que sa promotion fut la dernière à porter -; très bon gymnaste au lycée, il conserve toujours une démarche souple et rapide. Ses cheveux, noirs et bouclés dans sa jeunesse ont fait place ensuite à une large calvitie; son teint est brun, et ses yeux foncés ont viré au gris dans l'âge mûr. Ses traits sont réguliers, sa barbe allonge à propos un menton un peu court. Le visage est viril, et empreint d'une noblesse naturelle, un air sérieux et grave achève de donner du caractère à l'ensemble dont l’affabilité ne se dément jamais ... et cela s’épanouit parfois en une gaité exubérante. C’est dans le regard qu’il est tout entier : regard perçant, perspicace, sans détours, brillant d’intelligence, mais plein de cœur, de don de soi. Aussi instruit en théologie à l’école de ses oncles, qu'il était doué en mathématiques et en musique, …son comportement familial et social est imprégné de générosité et de modestie. Cette modestie alliée à sa grande valeur est un charme auquel beaucoup sont sensibles…"

 

 

Pour la fin des études supérieures, les grands sont obligés de quitter la maison familiale. Ils vont d'abord au lycée de Reims, où ils se trouvent encore un peu en famille chez les grands-parents, et d'où ils viennent facilement à Laon. Ensuite certains partent à Paris, à Saint-Louis ou à Louis-le-Grand. Mais le port d'attache et le centre d’attraction restent pour longtemps encore la rue Saint-Cyr.
C’est surtout le « tennis du Grand Jardin», grand point de réunion dont le souvenir devient légendaire à Laon. Les réunions, quotidiennes en été, permettent aux jeunes officiers de la garnison, amis des garçons, de se retrouver lorsqu'ils font leur année de service à la sortie des Grandes Ecoles.
André, le fils aîné né en décembre 1881 suit à partir de 1901 les cours de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures, dont il a préparé l’entrée dans les classes spéciales du lycée de Reims. Le second, Joseph, né en février 1883, est reçu en 1904 à l’Ecole Polytechnique après avoir suivi une classe préparatoire à Reims et la suivante au Lycée Louis le Grand à Paris. Le 3ème, Jean, né  en mai 1884 et … encore plus brillant ! est reçu simultanément, après une année de classe spéciales à Reims, à Polytechnique et à l’Ecole Normale Supérieure, comme son père avant lui. Et comme son père il hésite puis choisit Polytechnique quitte par la suite à regretter parfois de ne pas avoir choisi l’enseignement. Les mathématiques pures en particulier sont sa grande passion. Enfin, Marc, 4ème fils né en octobre 1885, plus remuant, termine ses études secondaires à Paris, au Lycée Saint-Louis, et, reçu à Saint-Cyr en 1905, il en sort dans l’infanterie coloniale. Son côté aventureux s’accommode parfaitement des expéditions africaines qu’il est appelé à conduire avant la mobilisation de 1914 (Moyen Congo et Gabon).

 

 Joseph encostume de Polytechnicien  Jean, en costume de Polytechnicien  Marc, élève de Saint-Cyr
Joseph, Jean, et Marc dans l’uniforme de leur école respective (Polytechnique pour les 2 premiers, Saint-Cyr pour Marc

 

En 1904, André et Jean se retrouvent pour leur service militaire au 29ème régiment d’artillerie, à Laon.
Une carte postale datée de 1906 montre ce fameux régiment défilant dans les rues de la ville sous le regard des passants :

 

Défilé du 29ème régiment, rue Saint Cyr

 

La présence à Laon d’André et de Jean amène encore un peu plus d’animation rue saint-Cyr. Afin que les jeunes militaires puissent recevoir leurs amis, Lucien et Angèle font aménager au fond du jardin ce que l’on appellera la « salle de billard ». Les étés 1904 et 1905 voient les plus grands moments du tennis du « grand jardin »… (Marguerite parle de tout cela dans son texte sur la vie de sa famille à cette époque - voir plus haut)

 

Par ses qualités intellectuelles, les études brillantes des aînés, l’éducation des autres (même si l'époque était encore un frein à des études plus poussées pour les filles - Suzanne, obtient sans difficulté son brevet supérieur,  mais elle n'aura pas la possibilité, comme elle l'aurait voulu de passer le bacalauréat!) la musique, les loisirs organisés de façon à favoriser rencontres et fréquentations des jeunes autour du noyau familial, et, par conséquent, sous l’œil bienveillant des parents, les randonnées entre amis, les vacances à la mer ou les voyages, tout ceci témoigne bien sûr d’une aisance financière, mais au-delà de cela, d’une grande ouverture d’esprit.

 

Après une année de stage en Allemagne où il se spécialise et se perfectionne dans les écoles de filature, André entre en 1906 comme ingénieur à la Maison POULLOT, chez son grand-père paternel. Il y restera jusqu’à son mariage en 1910. Joseph, lui, plus attiré par la technique que par l’armée dont son passage à l’école polytechnique lui ouvrait une belle carrière, entre au « service de la Traction » au Chemin de Fer du Nord.
Durant leurs années d’école, les deux frères ont beaucoup fréquenté la famille ROL. Ce sont des amis de Laon installés à Paris depuis qu’en 1897 Eliacin Rol, pharmacien à Laon, et époux de Juliette ALLIOT, est venu s’associer avec son beau-frère René ALLIOT pour la direction commerciale de la manufacture de fils et câbles électriques Alliot, Rol et Cie. (usines de Reuilly et de Bohain). Les ROL ont deux fils : Louis, l’aîné, ami des garçons, qui fait sa médecine, et René, plus jeune. Mais ils ont aussi deux filles, Jeanne et Marcelle et….
le 21 janvier 1910, à l’église Saint Ambroise à Paris, a lieu le double mariage d’André Limasset avec Jeanne Rol et de Joseph Limasset avec Marcelle Rol. On est en plein dans la mémorable crue de la Seine qui a inondé des quartiers entiers de Paris, ce qui n’a pas facilité l’arrivée des nombreux invités.

 

1910, le double mariage

 

Malgré cette crue malencontreuse, ce fut un beau et grand mariage, et cela nous vaut de diposer de quelques portraits de personnes rencontrées dans cette histoire de la famille ou dont le nom évoque quelquechose pour certains.

 

Lucien et Juliette ROL Marie Alliot et Dr Peyrot (famille ROL) Jules Person et Jeanne Sénéchal Thérèse Alliot et le lieutenant Balourdet Arthur Klein et Thérèse Sorlin Dr René Jacquinet et Mme F. Bertrand

 

Madame Henri Rogier  Mme Charles Rogier  Melle Germaine Rogier

 

Au sortir de la messe de mariage, on croise, les parents des mariés :
1e vignette à agrandir: Lucien, le père des mariés, est accompagné de Juliette ROL (née ALLIOT), mère des mariées. Derrière eux on aperçoit Eliacin ROL, père des mariées et Angèle LIMASSET, mère des mariés.
2e vignette: Marie ALLIOT, née VERSTRAET, épouse de René ALLIOT, est accompagnée par le docteur Peyrot, un cousin d’Eliacin ROL.
3e vignette: Jules Person est le fils d'Ovide PERSON et de Irma, née POULLOT, soeur cadette de "Papa Jules" et tante d'Angèle LIMASSET. Madame Albert SENECHAL qui lui tient le bras est née Jeanne DAUTHUILLE. C'est donc une cousine du côté de Juliette, la mère des mariées (les familles Alliot et Rol entretiennent avec les Sénéchal de très étroites relations)
4e vignette: Thérèse ALLIOT, soeur cadette de Maurice et nièce de Juliette, est accompagnée d'un lieutenant fringant, du nom de Balourdet...
5e vignette: Arthur KLEIN est au bras de Thérèse SORLIN, qui va devenir incessamment sa première épouse, une grande amie de Marguerite Limasset. Mais Arthur, veuf peu de temps après ce premier mariage, va épouser Marguerite en 1912 et entrer ainsi dans la famille Limasset. Il est avoué à Laon.
6e vignette: Le Docteur René JACQUINET est le mari de Jeanne (née POULLOT), la plus jeune des soeurs d'Angèle LIMASSET. C'est donc un oncle par alliance des mariés. Il est en compagnie de Madame Frédéric BERTRAND. Les BERTRAND sont de grands amis de la famille ROL et de la famille LIMASSET. Ils habitent à Laon. Leur nom sera évoqué dans les courriers échangés entre Maurice et ses parents pendant la grande guerre.
7e vignette: Frédéric BERTRAND est accompagné de Madame Emile Baty (?).
8e vignette: Madame Henri ROGIER, née Louise BOULOGNE acompagnée de (?). Derrière elle, à droite de la photo, Jeanne SENECHAL, née DAUTHUILLE (voir 3e vignette)
9e vignette: Madame Charles ROGIER. Son accompagnateur n'est pas identifié. par contre, derrière eux on aperçoit le visage du cousin et très cher ami de René Alliot: Henri ROGIER
10e vignette: Au bras d'un certain Monsieur Chédaille, voici Melle Germaine ROGIER, qui deviendra Germaine BOUTIN, dont parlait beaucoup Thérèse Alliot, comme elle parlait d'Elise Vimal-Dumonteil...

 

Pour retrouver les liens de parenté (en fait assez lointains, entre la branche ALLIOT-ROL et les SENECHAL ou les ROGIER, il faut remonter aux ancêtres GUYARD, DAUTHUILLE, ...etc. Le plus simple est d'ouvrir le lien qui présente ces liens de famille!

 

Mais revenons à ce mariage fameux. Les rues étaient déjà inondées comme on les voit ici !

 

Rue Diderot (12e), le 29/01/1910

 

Pour Maurice (21 ans) et Suzanne (16 ans), ce sera un jour très spécial. Leurs familles respectives viennent de s'unir par les liens du mariage de Jeanne, Marcelle, André et Joseph! Aussi, parmi les "garçons et filles d’honneur", il n’est pas surprenant de voir Suzanne, sœur des mariés, alors âgée de 17 ans, et Maurice, 21 ans, cousin germain des mariées puisque leur mère, Juliette, est la sœur de son père René ALLIOT...

 

Mais revenons à Lucien :
Au bout de 19 ans d’intense activité à Laon, Lucien serait bien resté dans cette ville où la famille Limasset s’est si bien intégrée.
Presque tous les enfants ont fini leurs études. Les quatre fils, dont deux sont désormais mariés, ont commencé de belles carrières. Deux filles maintenant sont mariées, Geneviève est à Reims, et Marguerite est à Laon. Suzanne est encore à la maison. Quant aux deux dernières, elles terminent leurs études au Collège. Lucien Limasset, malgré son vif désir de rester à Laon doit, pour terminer sa carrière, accepter un poste d'Inspecteur Général à Paris , puisqu'à cette époque il n'y en a pas en province. Il est promu à ce grade en 1913, chargé de l'inspection de la région du Sud-Est. La même année, on lui confie en outre la chaire de Professeur, à l'Ecole des Ponts, du « cours de routes et voies ferrées sur chaussées » . Nul n'est plus qualifié pour cet enseignement que l'éminent ingénieur qui vient de consacrer trente cinq ans de sa carrière à la réalisation de ces problèmes sur le tas: son enseignement va faire date et son cours imprimé restera en usage pour plusieurs promotions de l’Ecole des Ponts et Chaussées, même après son départ. A noter que son goût pour le professorat, qu'il tenait de ses parents, lui a fait souvent regretter de ne pas avoir opté pour Normale.
C'est avec enthousiasme que Lucien Limasset accepte ces nouvelles fonctions où il se donne complètement. Il reçoit la Rosette d'Officier de la Légion d'Honneur en 1913.
Bien qu’ils s’installent à Paris, rue de la Cerisaie (11ème), Angèle et lui conservent néanmoins la grande maison de Laon, qui restera le point de ralliement des vacances et vers laquelle ils pensent retourner vivre lors de la retraite de Lucien. La famille Limasset s’est constitué un cercle de très bons amis, soit par les relations des parents, soit par les camarades des enfants. Des attachements solides se sont créés qui, dans l'avenir, à Laon, à Paris ou ailleurs auront d’heureuses conséquences.
Les plus jeunes des filles accompagnent parfois leurs parents en soirée, ou au cours des voyages-tournées organisés par le P.C.M. (sigle de l'Association des Ingénieurs des Ponts et Chaussées et des Ingénieurs des Mines) en Suisse, en Italie, dans les Alpes ou dans les Pyrénées. On y rencontre des familles amies et collègues de Lucien, et des courants de sympathie se créent. On y retrouve en particulier la famille Monet, dont témoignent les photographies de ces séjours du P.C.M. C'est ainsi que Suzanne a pu faire aussi un séjour à Londres avec son père.

 

dans les Pyrénées en   Cirque de Gavarny, Pyrénées 1913
Eté 1913- Dans les Hautes Pyrénées (Villefranche de Conflant à gauche - Cirque de Gavarny à droite) avec les Monet

 

Inexorablement, on s’approche de l’année 1914. Pourtant, la vie se déroule normalement avant que les événements ne s’emballent. Fin 1913, à Noël, on fête les fiançailles de Suzanne et de Maurice Alliot, qui se sont revus à de maintes occasions. Le mariage est même prévu pour la fin du mois d’octobre 1914… (il n’aura lieu qu’en Août 1915).
15 jours avant la déclaration de la guerre a lieu, le 14 Juillet 1914, le baptême de Thérèse Klein, née le 12 juin de la même année, deuxième enfant d’Arthur et de Marguerite, après Jacques, né le 18 mai 1913 : Les deux photos suivantes montrent, pour la dernière fois avant longtemps, la famille réunie à Laon, chez les Klein, 11 rue du Cloître.

 

juillet 1914, reunion de famille

 

14 juillet, baptême à Laon

 

Sur la première photo, malheureusement un peu pâlie sur les bords, on reconnaît quand-même à gauche André Limasset, la belle sœur d’Arthur tenant la petite Thérèse Klein en robe de baptême, le père d’Arthur, André Jacquinet, Arthur Klein, Marguerite Rousseau-Poullot et son mari Albert Poullot, de biais, Yvonne Limasset, puis au fond, Jeanne Jacquinet, à côté de laquelle se tient Geneviève Fandre. Devant, assise, Madame Klein mère. Assise sur la pelouse, Renée Limasset. Jacques Klein est sur les genoux de sa mère Marguerite. Surplombant le groupe, Angèle Limasset et son père Jules Poullot, et Madame Brisset, Adèle Poullot est assise auprès de Marguerite. Parmi le groupe d’hommes au fond à droite de la photo, Monsieur Rousseau (c'est le père de Marguerite Poullot, elle-même femme d’Albert, le frère d’Angèle), puis Charles Fandre et, de biais, Lucien Limasset ; enfin, tout à fait sur la droite de la photo, Jeanne Rol-Limasset et Suzanne Limasset.

 

Sur la 2ème photo, ci-dessus, on voit de gauche à droite, sur le toit, Charles Fandre (mari de Geneviève Limasset), Pierre Jacquinet (fils aîné de Jeanne Jacquinet, sœur d’Angèle Limasset), Suzanne Limasset; debout, Madame Brisset, fidèle amie de la famille, Angèle, Alexandre Klein (père d’Arthur ?) Lucien Limasset, Marthe Klein (mère d’Arthur ?), Georges Klein (frère d’Arthur ?), Yvonne Limasset, Jeanne Jacquinet, et juste au dessus d’elle, son second fils André. Devant eux, toujours en partant de la gauche, Marguerite Klein, sa belle-mère qui tient la petite Thérèse. Assis au sol, André Limasset, au dessus duquel sont assis les grands-parents Poullot, Jules et Adèle, debout, Jeanne Rol-Limasset, épouse d’André, assise à sa gauche, la femme de Georges Klein (belle-sœur d’Arthur ?), puis, Arthur lui-même, le père de la jeune baptisée, juste au dessus de lui, Renée Limasset et à côté d’elle Geneviève Fandre-Limasset tenant sur elle son neveu, le jeune Jacques Klein. Enfin, tout à fait à droite de la photo, Monsieur Rousseau, père de Marguerite Poullot (femme d’Albert, le frère d’Angèle). 

 

Le décor familial est en partie planté alors, les uns à Reims ou à Laon, les autres dans le nord ou à Paris.
Lucien et Angèle sont donc à Paris, 13 rue de la Cerisaie, lorsque la guerre de 1914 devient, peu après, une réalité. Les fils, les gendres, de nombreux collègues et amis, sont mobilisés… 

 

Lucien et Angèle 3eme volet

Lucien et Angèle
LIMASSET

Angèle Poullot-Limasset Lucien Limasset

3ème partie
Pendant et après la guerre de 1914-1918
Le crépuscule d'une vie

On a vu, à la mi-juillet 1914, les diverses branches de la famille réunies autour de Lucien et Angèle pour célébrer, chez Marguerite et Arthur KLEIN à Laon le baptême Thérèse, née le 12 juin.

15 jours après, Lucien, qui a rejoint Paris avec les siens, commence un journal où il note de façon précise les événements qui alors se précipitent, tout en consignant brièvement les mouvements familiaux qui en résultent. Il va tenir ce journal du 30 juillet au 24 septembre. Du moins est-ce seulement jusqu’à cette date que nous en avons trace, grâce à Maurice Alliot qui devait en détenir le manuscrit et l’a repris à la machine à écrire.
Lorsque débute ce journal,

Dès le début des hostilités, Lucien va encourager sa famille, du moins les femmes, à se regrouper.
Au début de ses notes, avant de consigner les mouvements et nouvelles des uns et des autres,  il fait le point de la situation qui a conduit à cette entrée en guerre :

"Le président de la République est en voyage en Russie et doit visiter les cours de Stockholm, Copenhague et Christiania.
Cependant, l'Autriche-Hongrie, à la suite de l'assassinat du prince héritier d'Autriche, adressait à la Serbie une note à allure d'ultimatum, avec réponse dans les 48 heures, posant au royaume une série de conditions inacceptables pour un peuple libre. La Serbie a pourtant répondu en accueillant la demande sur tous les points, sauf un, comportant en somme une ingérence de l'Autriche, par des fonctionnaires ou officiers autrichiens, dans les affaires intérieures du pays.
Cette réponse n'a pas été jugée satisfaisante, et l'Autriche répondit par la rupture des relations diplomatiques et la déclaration de guerre.
Depuis l'origine des difficultés, et alors que la Russie, ne pouvant laisser écraser les populations slaves, répondait par une mobilisation partielle de ses forces, du côté de l'Autriche, les divers gouvernements, à Londres, à Paris et à Rome, s'employaient à chercher avec l'Allemagne un moyen d'éviter le conflit.
L'Allemagne s'est contentée d'amuser la galerie, sans faire aucune démarche efficace auprès de l'Autriche, et en protestant de son désir de collaborer à la paix, tout en faisant tout pour préparer la guerre."

"Pendant ce temps, Charles et Geneviève et leurs enfants étaient à Soultzmatt, se proposant d'en revenir pour aller le 1er Août, avec Arthur et Marguerite à Gérardmer. Nous n'avons d'eux aucune nouvelle, si ce n'est une carte postale annonçant les meilleurs espoirs de paix. Le 2 Août au matin, j'apprends leur retour à Reims. Avant cette nouvelle, je craignais que Charles n'ait été retenu, peut-être comme espion! Les Allemands savent si bien trouver des prétextes. II est maintenant à son poste à La Fère.
Le 28 Juillet, Jean nous écrit qu'on prend à Toulouse les mesures indispensables.
Marc est venu dîner ici avec André le vendredi 31 juillet. Il part le soir pour Bordeaux, tout équipé et nous fait ses adieux et nous embrasse. André part le lendemain pour Laon, pour y rejoindre Jeanne qui a dû venir de Bohain. Il pense qu'il ne reviendra pas, son poste de mobilisation est en effet à Laon, et, à 4 heures de l'après-midi, le samedi 1er Août est affiché l'ordre de mobilisation.
Joseph est resté à Lille pour le mouvement des trains. Marcelle est à Laon avec ses enfants. Elle attend le n° 3. Madame Ernest Alliot est aussi à Laon chez Madame Brisset.
J’écris à Reims qu’on fasse venir Geneviève. Toutes les femmes et les enfants vont être groupés autour de ma femme à Laon où vont converger toutes les nouvelles et d’où nous espérons en avoir de partout.  Je prends mes repas chez  Monsieur Rol."

Les notes de Lucien Limasset sont reprises intégrlement dans le document consacré à cette période de guerre 1914-1918, dont Maurice est le personnage central (voir dans "Personnages, lieux et événements").

Toujours est-il que le mariage de Maurice et de Suzanne, qui devait réunir toute la famille à la fin de l’été 1914 – l’événement, prévu pour le 8 octobre, avait fait déjà l’objet d’un certain nombre de préparatifs – est remis à plus tard…..
Et lorsque ce mariage a lieu, le 21 août 1915, à Paris, c’est dans l’intimité qu’il est célébré, beaucoup de ceux qui auraient du être là étant dispersés ou mobilisés. Le faire-part est d'ailleurs envoyé à toutes les connaissances après que le mariage ait eu lieu:

Faire-part de mariage

 Outre son travail personnel, Lucien doit remplacer en partie les collègues mobilisés. Il se dépense toujours plus dans son nouveau poste : aussi, lorsqu'au milieu de la guerre, à la fin de l’année 1916, l'administration rattache à une inspection unique tous les services de contrôle des chemins de fer d'intérêt local, c'est lui que le Ministre désigne pour organiser et prendre en mains cette nouvelle inspection.
(Cette dernière partie de carrière est relatée dans l’éloge que lui rend le Conseil général des Ponts et Chaussées, dont il est membre depuis 1913, pour son départ à la retraite, qu’il doit, au début de l’année 1919, solliciter pour raison de santé.)
Lire le procès verbal de la séance du 6 février 1919 du Conseil Général des Ponts et Chausées.

Le travail est considérable. On est en guerre et les préoccupations sont aussi d'ordre familial: fils et gendres sont au front et parfois les nouvelles se font terriblement attendre. On vit dans l'attente et l'inquiétude, même si Lucien met tout en œuvre pour protéger les siens et garder le plus possible de contacts. Lucien et Angèle ont aussi recueilli chez eux les parents de celle-ci, Jules et Adèle Poullot que les bombardements de Reims ont fini par faire fuir, ce que Jules n'a accepté de faire qu'après avoir fait tout le nécessaire pour que, malgré la destruction de son usine de Reims, les activités puissent provisoirement continuer à Elbeuf (Eure) : son fils Albert et lui y ont acheté et aménagé des locaux. Mais cela a épuisé Jules qui déjà avait subi difficilement les bombardements dramatiques de sa ville et de son usine: Son état, comme celui de sa femme Adèle exige des soins continus. Il décède le 21 janvier 1916, rue de la Cerisaie. Adèle reste bien sûr chez les Limasset. Mais, usée elle aussi, elle s'éteint quelques mois après, le 27 août 1916.

Des responsabilités lourdes et des moments aussi difficiles finissent par avoir raison de cet Lucien, qui n'a pas ménagé suffisamment ses forces. Ce n'est cependant que lorsque la victoire est effectivement acquise que, sur l'insistance d’Angèle qui le sent très las, il se décide en Février 1919 à prendre un repos nécessaire et bien mérité.
Il s'attache alors à la remise en état de la rue Saint-Cyr saccagée par les Allemands. Malheureusement l'accès de Laon après l'armistice est difficile. Lucien Limasset ne peut y revenir que quelques jours en Février 1919 et deux mois environ pendant l'été, où il campe tant bien que mal dans la maison délabrée. Les dossiers sont constitués, les travaux vont commencer. Il n'en verra pourtant pas le beau résultat : il meurt subitement dans la soirée du dimanche 25 Décembre 1919, à l'âge de 66 ans, après avoir passé un heureux après-midi de Noël tranquille avec enfants et petits-enfants chez son fils Joseph.
C'est une épreuve terrible pour cette grande famille, dont certains viennent de rentrer du front - parfois assez sérieusement touchés…

Faire-part de décès de Lucien LIMASSET  Faire part décès p2

Lucien Limasset avait été pour sa ville de Laon et pour le département de l’Aisne un personnage important et apprécié sans réserve. Aussi n’est-il pas étonnant que les journaux locaux, et notamment le "Journal de l’Aisne" se soit fait l’écho du deuil brutal éprouvé non seulement par les proches mais aussi par ceux qui l’avaient apprécié dans sa carrière et ses activités locales.
Ce journal rappelle d’ailleurs que le vœu le plus cher de Lucien Limasset qui venait depuis quelques mois d’accéder à la retraite, était de réhabiliter la maison familiale de Laon pour y passer le reste de sa vie…

Pour lire l'article que nous avons du numériser en 2 parties (Haut de page et bas de page), il est nécessaire de passer d'un document à l'autre, les colonnes de l'article d'étalant sur la hauteur de la page.

Journal de l'Aisne, partie haute
Journal bas de page

Quelques jours après, Geneviève Fandre écrit à sa sœur Suzanne et à Maurice, de Romorantin où elle réside alors :

Lettre de Geneviève, p.1  page 2
page 3  page 4

Ce mot de Geneviève sur sa mère "Maman souffrira en silence. La souffrance est souvent plus intense chez une personne froide que chez une personne exubérante qui se dépense et ne concentre pas tout en elle-même" correspond bien à ce l’image que ses proches ont laissé d’Angèle… Son courage, Angèle va le manifester rapidement en poursuivant la tâche que le ménage s'était donnée : Avec la dernière de ses filles, Renée, qui n'est pas encore mariée (mais ne tardera pas à l'être), elle va terminer les travaux de la rue Saint-Cyr, afin que la nombreuse famille puisse y trouver affection et repères après toutes les épreuves. Pendant toute cette période, la famille s'est agrandie !

 Dans sa lettre ci-dessus, Geneviève parle de Michel, malade à l'heure où elle écrit. C'est le 5ème de ses enfants ! Avant lui, il y a eu, avant la guerre, Guite, François et Hubert. Quand la guerre a éclaté, toute la famille était en vacances chez le père de Charles, à Soultzmatt, en Alsace (en territoire allemend donc! Tous ont du en vitesse passer la frontière, en pleine nuit et à pied... Geneviève n'a pas pu non plus rester à Reims avec ses enfants. Elle a passé quelques mois à saint-Brieuc, chez des cousins, puis à Nantes, chez sa sœur Marguerite, puis dans les Vosges, à Gérardmer où son beau-père a pu se réfugier, puis enfin à Paris, chez André et Jeanne Limasset, rue Lacuée. C'est là qu'est née Marie-Louise, sa 4ème enfant. Les différentes affectations de Charles les amèneront ensuite à Chamalières où est né Michel en mars 1918. Geneviève avait alors retrouvé non seulement Marguerite, mais aussi Suzanne et sa petite fille Anne-Marie, née le 21 août 1916. Suzanne attend alors Henri pour le mois de juillet.
Après la guerre, Charles Fandre a retrouvé du travail à Romorantin. Geneviève ne s'y plaît pas beaucoup et s'y sent isolée. Ils reviendront à Reims où Charles installera et dirigera la toute nouvelle et moderne usine du "Peignage de Reims

Au chapitre précédent, on avait laissé Marguerite et Arthur Klein avec Jacques et Thérèse, leurs enfants, nés en 1913 et 1914. Le ménage n'aura pas d'autres enfants. Eux aussi connaissent beaucoup de pérégrinations pendant les années de guerre... mais après Nantes, Montmorency, Ermont et Chamalières, ce sera enfin le retour de la famille à Laon.

Nantes 18 mai 1915
de g. à d. et de h. en b.: Suzanne Alliot, Arthur Klein
Geneviève Fandre, Marguerite Klein
Hubert (2 ans) et Guite (5 ans) Fandre, Thérèse Klein (18 mois), François Fandre (4 ans)
Jacques Klein (2 ans et demi).

Dans les ménages des frères aînés, des enfants sont venus au monde aussi avant la guerre : Chez André et Jeanne, rue Lacuée, vivent déjà Pierre et Simone. Au moment où André doit rejoindre le front, sa famille aussi partira, au gré des opportunités, puis reviendra... Mais en 1917, André est nommé instructeur dans une mission auprès de l'armée américaine, en Bretagne. Sa famille alors s'installe à Vannes où naît le 3ème enfant, Elisabeth.
(Pierre Limasset, l'aîné, a raconté ses souvenirs d'enfance: toute cette période est si magnifiquement racontée et illustre si bien ce qu'a pu être la vie quotidienne d'un garçonnet et des siens pendant cette période agitée, que nous avons repris ces souvenirs sous forme d'extraits ou de résumé: prévu mais en construction dans la partie "Personnages, lieux et événements")

Joseph et Marcelle sont dans le Nord en 1914: Joseph vient même d'être nommé à Lille quand il est mobilisé. Ils ont eu à peine le temps de s'installer Square Ruault. Madeleine et Andrée font partie du foyer, et Marcelle est enceinte. Elle se refugie à Laon avec ses filles, mais tout le monde va devoir quitter cette ville dès la fin du mois d'août. Elle part en voiture, avec sa famille et celle de Jeanne, plus une sage femme: précaution indispensable.  Quinze jour après, elle accouche à Paris, à l'hôpital Bousicaut où ecerce Louis Rol, son frère aîné : une petite Françoise y naît le 9 septembre. Les autres continuent vers Biarritz. Puis la famille vivra à Paris, rue Lacuée, dans l'appartement que leur laisse André et Jeanne, ou à Montmorrency, auprès de Marguerite Klein. Une 4ème fille, Denise, naît au cours de ces pérégrinations, en 1917. La famille s'installe définitivement à Paris après la guerre, 3 rue de Médicis. Une 5ème fille, Geneviève, viendra plus tard, en 1924, compléter la famille.

Biarritz, octobre 1914
de g. à d., Marcelle, Pierre, Andrée et Simone (assise)
à Biarritz, en octobre 1914.

Jean Limasset, lui, n'a pas d'enfant: il se marie sur le tard, en 1930 avec Anne-Marie Révillon, qui est veuve et qui a trois enfants. Deux enfants naîtront ensuite : Jean-Claude Limasset, en 1931, et Christiane en 1935. Contrairement à ses frères, Jean a fait carrière dans l'armée.

Marc, victime d'un terrible accident avec son bimoteur qui tombe en vrille la veille de l'armistice , le 10 novembre 1918, se remettra bien de ses blessures. Il se mariera en 1920 avec Victorine Quaglino: tous deux partent vivre au Tonkin quelques années avant de revenir en France.

A la mort de Lucien, on lui compte donc 14 petits enfants.

Durant plusieurs années, les ménages vont se retrouver à Laon auprès d'Angèle, à chaque fois qu'une bonne occasion se présentera. Mais le reste du temps, elle est seule dans "la" maison. Non loin de là a été inhumé Lucien, sous le sobre monument de granit qu'elle a fait édifier à l'entrée du cimetière Saint-Just, et dont le médaillon de bronze, œuvre de Lucien Monimart, son neveu, rappelle les traits. Pour tous les membres de la famille, dès qu'ils arrivent à Laon, le premier geste est de faire ce pèlerinage.
Si attachée qu'elle soit à ses souvenirs, Madame Limasset se rend compte rapidement de la fatigue que lui impose l'entretien d'une aussi grande propriété, rarement remplie maintenant que toute la famille est essaimée. Depuis que Renée est mariée, seule Marguerite - Madame Klein - habite à Laon. Aussi, lorsque la maison contigüe à celle des Klein, et qui leur appartient, peut être libérée, Angèle s’y installe. C'est une installation encore vaste, mais beaucoup mieux adaptée à la vie de Madame Limasset qui n'en occupe qu'une partie en permanence, l’autre aile restant à la disposition de ceux qui lui rendent visite. La pendaison de crémaillère dans cette maison du 13, rue du Cloître, a lieu en 1929. Enfants et petits-enfants s'efforcent d'y assister : il ne manque que Marc et sa femme, ainsi que Madeleine, la fille aînée de Joseph. 26 petits-enfants sont présents. Deux superbes photos restent de cette journée:

Crémaillère rue du Cloître 1929 Rue du Cloître
1929 - La crémaillère au 13 rue du Cloître, à Laon.

A dater de cette époque, Madame Limasset, qui a toujours aimé les voyages, se rend fréquemment chez ses enfants, accueillie avec joie par tous à Reims, Paris, Nice, Brunoy, Villemomble, Nevers et Saint-Brévin, mais elle continue aussi à les recevoir chez elle. Elle reste active jusqu'à la fin de 1933 où, alitée par une congestion pulmonaire, elle s'éteint chez elle, à Laon, le 9 janvier 1934, à l'âge de 72 ans. Elle pouvait partait tranquille, après une existence bien remplie, ayant eu bien sûr sa part d'inquiétudes et des moments difficiles, surtout deux gros chagrins, la perte prématurée de son mari en 1919 et celle de son fils aîné André en 1931, mais aussi beaucoup de joies, laissant 35 petits-enfants et 2 arrière-petits-enfants au milieu de familles apparemment heureuses.

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