MAURICE ET SUZANNE - 1919 à 1925

MAURICE ET SUZANNE
ALLIOT

2ème partie: l'enfance d'Annie et Henri (1919-1925)

Trébeurden 1923
Été 1923, Suzanne et Maurice avec Annie et Henri, en vacances àTrébeurden

La guerre est finie, la vie peut reprendre. Les uns et les autres retrouvent les leurs, leurs domiciles, leurs occupations. Des proches, des amis, des collègues manquent à l'appel, et beaucoup de familles sont en deuil. Mais dans les familles proches de Maurice et de Suzanne, si certains ont été blessés, parfois gravement, on s'en tire plutôt bien. André Limasset, comme Maurice, est blessé en août 1916. Avec un gros éclat d’obus dans le bras droit, c’est de justesse qu’il échappe à l’amputation. C'était à la bataille de la Somme. Marc, 3ème des frères aînés de Suzanne a été blessé au cou, en août 1914, en Belgique. Devenu par la suite pilote de bombardier, il est non pas abattu mais victime d'un accident, en Tunisie près de Sfax, à la veille de l'armistice, le 10 novembre 1918. Son avion, un bimoteur, tombe en vrille à la suite d'une avarie. Son mécanicien est tué et lui s'en sort avec le maxillaire supérieur arraché. Il faut lui remodeler le visage, et sauver son oeil droit, mal en point. Sans être vraiment une "gueule cassée", il garde un visage un peu déformé pour ses proches, mais retrouve la vue après être resté aveugle plusieurs semaines après l'accident.
Pendant cette guerre ont disparu les grands parents de Suzanne, Papa Jules (Poullot) et Maman Adèle, décédés tous les deux chez leur fille Angèle et Lucien, rue de la Cerisaie, en 1916.

Maurice en 1919 est démobilisé. Suzanne et lui vont enfin retrouver des forces ensemble et vivre une vraie vie de famille, dans l'appartement où Suzanne s'est installée avant de partir à Chamalières, 13 Bd Henri IV. L'avenir s'éclaircit.

Lucien LimassetMais une dernière épreuve les attend avec la fin de cette année 1919, quand, le jour même de Noël, après de bons moments passés en famille chez André et Marcelle Limasset rue de Médicis, Lucien, rentré chez lui avec Angèle et Renée éprouve brusquement un terrible malaise. Murmurant dans un souffle "je meurs", il s'éteint brusquement. Le désarroi est total dans toute la famille. Il avait, pendant toute la période de la guerre été un ciment solide et rassurant entre tous les membres éparpillés de la grande famille. AngèleRéaménageant peu à peu et courageusement la maison familiale de Laon, Angèle continuera à entretenir ces liens, très forts, entre les uns et les autres.
Angèle a rassemblé autour d'elle tous ses petits enfants, pour cette joile photo prise à Laon en 1920, avec Renée, la dernière de ses filles.

Sous toutes réserves, on aurait de gauche à droite et de haut en bas:

 

Angèle et ses petits enfantsRenée, Pierre Limasset (André & Jeanne) né le 20 mars 1911, François Fandre (Charles & Geneviève) né le 12 février 1913, Simone Limasset (André & Jeanne), née le 21 mars 1912, Jacques Klein (ARthur & Marguerite), Madeleine Limasset (Joseph & Marcelle) née le 26 décembre 1910, Hubert Fandre (Charles & Geneviève) né le 16 août 1911, à gauche devant Renée, Henri Alliot (Maurice & Suzanne) né le 21 mai 1918, Grand-mère Angèle Limasset, Françoise Limasset (Joseph & Marcelle) née le 9 septembre 1914, Marie-Louise Fandre (Charles & Geneviève) née le 3 août 1916, Anne-marie Alliot (Maurice et Suzanne) née le 21 août 1916, Thérèse Klein (Arthur & Marguerite), née le 12 juin 1914, Andrée Limasset (Joseph & Marcelle) née le 27 octobre 1912, Guite Fandre (Charles & Geneviève) née le 20 septembre 1909, et au premier rang, Elisabeth Limasset (André & Jeanne) née le 17 février 1917, Denise Limasset (Joseph & Marcelle) née le 15 février 1919, et enfin Michel Fandre (Charles & Geneviève) né le 16 juillet 1918. 

 

Quant à Maurice, d'autres réaménagements et réinstallations l'attendent ! C'est avec enthousiasme qu'il a réintégré l'entreprise familiale. On se souvient (détails dans la partie René Alliot) à quoi ressemble alors l'usine de Bohain que Maurice et son beau frère André Limasset ont la charge de remettre sur pied: 

   Ateliers B, C, D en 1919 Atelier A - 1919 

 Changement de raison sociale

Reconstruite et rééquipée elle peut commencer à reprendre vie en 1921-1922. Le directeur, Monsieur Lecourtois dirige l'usine au quotidien. Mais, pour toutes les questions importantes, il s'en remet à Maurice ou à André. Aussi font-ils à Bohain des séjours fréquents.

   1921 Reconstruction Bohain vers 1930

A Reuilly André gère avec Monsieur Parsy la partie commerciale (il remplace son beau père Eliacin Rol, parti en retraite) pendant que Maurice s'occupe de la partie fabrication. Ensemble, ils participent aux réunions du syndicat des fabricants de fils et cibles électriques. André et Jeanne Limasset ont fait l'acquisition d'une maison au 7 de le rue Chanzy, non loin de l'usine. En 1920, sa famille compte 3 enfants, Pierre, 9 ans, Simone, 8 ans et Elisabeth, 3 ans.

 Maurice est un homme profondément attaché à son travail et à ses responsabilités. Pendant toute sa vie professionnelle, il ne va jamais lésiner sur le temps à leur consacrer.

Maurice au travail

Mais, en 1920, lui aussi est le papa de deux enfants superbes ! Annie aura 4 ans en août, et Henri 2 ans en mai.

L'arrière de l'immeuble, Bd Henri IV, donne sur la cour de l'École Massillon. Un peu plus tard, aux heures de récréation, Annie et Henri regardent par la fenêtre les "grands" Eux sont trop petits pour aller à l'école. Ils sont proches en âge et jouent. En mai 2008, Henri et Annie ont évoqué quelques-uns de ces vieux souvenirs, lors d'une visite d'Henri aux Hespérides, à Caen. Ils les ont aussi précisé par écrit :

Annie et Henri  

Henri:
Le Boulevard Henri IV...je peux faire le plan de mémoire [..]. Nous occupions la chambre du fond du couloir dont les fenêtres
donnaient sur la cour de Massillon et l'on voyait les élèves courir pendant les récréations; papa était agacé par la cloche matinale et avait offert à l'école une sonnette électrique, certainement plus pratique mais tout aussi sonore (j'ai pu le constater puisque j'y ai été moi-même élève par la suite). Nous jouions dans notre chambre autour d'une petite table ronde, peinte en blanc, avec des raies rouges, et avions chacun une petite chaise. En face de la porte de notre chambre, il y avait celle où couchait tante Renée quand elle venait à Paris. Le couloir était courbe et desservait la salle de bain et la chambre des parents. Sur le mur opposé aux portes, il y avait le téléphone, accroché au mur, et un jour où les réparateurs étaient venus, on nous avait recomandé de ne pas faire de bruit, sans quoi ils nous emporteraient dans leur sac.... Le couloir débouchait sur le hall d'entrée, et, à droite, il y avait le salon, puis la salle à manger, dans le buffet de laquelle il y avait des assiettes et de la confiture. J'avais exercé mes talents de peintre et avais fait de très beaux dessins sur les assiettes blanches, avec la confiture rouge....maman n'avait pas du tout apprécié!
 [...] Par la fenêtre de la cuisine, on voyait les voisins d'en face, les petits "Morillon", dont une fille a épousé plus tard mon ami André
Poupinet... Je me souviens qu'un jour où maman n'étais pas encore rentrée, tante Thérèse avait sonné et tu as du monter sur une chaise pour pouvoir lui ouvrir. On nous emmenait promener au Jardin des Plantes: nous prenions dans nos bras nos poupons en celluloïd, le tien habillé de rose, le mien habillé de bleu. Arrivés sur le Boulevard Henri IV, on voyait les vieux taxis Renault (ceux de la bataille de la Marne qui avaient transporté les soldats français pour faire face à l'avance allemande); grand-père Alliot en a acheté un vieux par la suite pour le faire transformer par Choiseau en camionnette, permettant de transporter le bois dans la propriété de Neuvy (lettre à Annie).

Annie (cahiers): 
"à l'boulvard henri IV", disait-on, quand on parlait du boulevard Henri IV, mon frère et moi..
Je me souviens des assiettes peintes avec de la confiture, et aussi plus tard, à Brunoy, (que) "tu avais mis du miel dans le nombril du bronze de la salle à manger. Mais, plus grave, quand tu avais dit à maman que tu avais jeté les clés par la fenêtre, à Paris. Ne trouvant rien sur le trottoir, elle était allée au commissariat et... retrouvé ses clés sous son matelas, le soir" (lettre à henri). ...
 J'ai des souvenirs de mes colères, comme une fois, en pleine réception, en pensant que ma mère ne m'avais pas mis le noeud de ruban dans les cheveux comme promis! [...] Nous avions une "bonne à tout faire" - terme utilisé à l'époque, et qui n'était pas péjoratif - elle nous emmenait au Jardin des Plantes.

Les photographies de vacances témoignent elles aussi du retour à la vie normale. On retrouve Suzanne et ses deux petits en Bretagne, qui sera l'une des régions de villégiature privilégiée de la famille. On ne voit jamais Maurice sur les photos prise à la mer. Est-ce lui le photographe? Mais qui imaginerait Maurice en costume de plage, ou même pieds nus dans le sable !! Profitait-il d'ailleurs longtemps de ces séjours?
Voici une jolie série de photographies de Suzanne et de ses enfants, prises à Pornichet, en mai 1920:

Pornichet_1920  Pornichet 1920 _2  Pornichet 1920 _3 

C'est aussi à cette période que René Alliot acquiert à Neuvy-sur-Loire, dans la Nièvre, la magnifique propriété de "Bois-Réaux", non loin de celle que son cousin et ami Henry Rogier possède à Bonny-sur-Loire, les "Sainjoncs"  

La maison vue en arrivant du rond-point

Neuvy, Pâques 1921  Pâques 1921
Pâques 1921 - Les cloches de Pâques sont passées à Bois-Réaux ! Annie et Henri sont ravis, guidés par Suzanne, Marie Alliot, Thérèse Alliot, Jeanne Sénéchal (tout à fait à gauche) et ? 

Neuvy
de gauche à droite, Henri, Suzanne, Annie, Maurice, Juliette et Eliacin Rol, Marie Alliot.

Pendant des années, les meubles de jardin, les bancs et les transats vont accueillir le moment de détente du café devant le magnifique panorama qui s'étend au delà de la Loire, après le repas toujours un peu solennel, dans la "grande salle à manger" (un chapitre entier - en construction - est consacré à Bois Réaux)

C'est aussi au début des années 1920 que Maurice et Suzanne quittent le boulevard Henry IV pour aménager dans une belle et grande maison, précédée d'un jardin d'agrément et derrière laquelle s'étale un vaste potager. Suzanne aimait certainement beaucoup la vie parisienne et elle y cotoyait ses cousines, ses belles-sœurs, ses amies. Mais elle aimait aussi la nature et le grand-air, et sa santé était délicate. Henri se souvient que l'oncle Louis Rol, médecin (fils aîné de Juliette et d'Eliacin), venait souvent boulevard Henri IV. Toujours est-il que pour sa santé, l'éloignement de Paris semblait devoir être une bonne chose. Alors, voici Brunoy! Brunoy, 7 route de Brie, et tant de souvenirs ensuite pour les enfants et petits enfants! Mais peut-être aussi... quel isolement pour Suzanne, dont le mari partait si tôt, rentrait si tard et partait pour Paris même le samedi... Rapidement il y eut pour l'aider Céline et Joseph. Céline s'occupait de la cuisine et de l'entretien de la maison. Joseph s'occupait du jardin et quittait son tablier de jardinier pour endosser le costume d'intérieur et servir à table.

Annie et Henri étaient ravis. Tant d'espace pour jouer ! Annie surveillait bien les plants du potager : on lui avait dit que les bébés naissaient dans les choux ! Il y avait surtout, au pied du perron de l'entrée, ce trottoir qui faisait toute la longueur de la maison! Les enfants s'inspiraient de ce qu'ils connaissaient : le trottoir était leur magasin, et le perron en était la caisse; ou bien, quand ils jouaient dans la salle à manger, les chaises, placées de telle ou telle façon, tantôt formaient une cuisine, avec cuisinière, évier, table et placards, tantôt figuraient "l'usine", où s'élaboraient des machines complexes de ficelle et de bobines.
L'usine, la vraie, Annie et Henri y allaient souvent. C'est là qu'étaient leurs grands parents Alliot, et puis cette bonne Félicie et son mari Jean Girault, Madame Briole, Monsieur Godier !
(Cahiers d'Anne-Marie :) "À Reuilly, le pavillon était entouré par l'usine et les bureaux. Nous entendions le tintement de l'appareil dans lequel les ouvriers pointaient leur carte en arrivant le matin [...]. Les concierges et la famille du livreur avaient des appartements aménagés donnant sur la cour.  Quand nous séjournions chez nos grands parents et que grand-mère et tante Thérèse s'absentaient l'après-midi, j'étais confiée à Félicie et à madame Briole"

Fin mars-début avril 1922, Maurice, Suzanne et Annie font un séjour à Grasse. Sans doute Henri, trop jeune encore, est-il confié à l'un ou l'autre de ses grands-parents. Suzanne a une santé assez fragile, et Maurice se souvient des bienfaits ressentis avec les siens, trois ans plus tôt sur la côte d'Azur, lors de sa convalescence à Cannes, affaibli par des mois de guerre et la grippe espagnole. Toutes les photos ci-dessous sont prises à Grasse ou dans les environs (à froite, Saint Cézaire).

Grasse 1922 Suzanne et Annie  Grasse 1922, Maurice et Annie  1923 - Promenade à Saint Césaire 

La visite  
Sur la photo ci-dessus, Suzanne reçoit, semble-t-il, sa mère, accompagnée d'Yvonne, sa sœur
et du mari de celle-ci, Jean Monet (non garanti !!)

Puis la vie reprend son cours, à Brunoy. Et dès l'été suivant, on peut désormais profiter pleinement de Bois-Réaux, un véritable paradis pour les enfants!

Au tennis
Henri et Annie jouent dans un tas de sable. Au fond, le tennis.

Louis ROLOctobre 1922 : il faut songer à inscrire les enfants à l'école. Il n'est pas question de les mettre à l'école communale, encore mal vue. Annie est donc inscrite dans une école privée dont elle garde un assez mauvais souvenir "une école assez minable" écrit-elle, qu'elle quitte au début du printemps car elle tombe malade. Très malade. En particulier ce soir du 30 mars 1923 : Alors qu'on avait cru d'abord à un refroidissement et à un simple mal de gorge - le médecin de Brunoy n'avait pas vu venir le danger - la situation s'est brusquement dégradée. Et cette nuit là, Suzanne va la passer à empêcher sa fille de s'étouffer.
"Maman avait passé la nuit avec une pince à te retirer les peaux qui t'étouffaient" se souvient Henri (lettre à Anne-Marie, avril 2008). Le lendemain matin, les choses semblent aller mieux. Et puis justement, c'est dimanche, jour de Pâques (1er avril 1923), et l'oncle Louis Rol (ci-contre) vient déjeuner à Brunoy. C'est rassurant. Mais après un rapide examen, Louis dit à Maurice et à Suzanne : "Si elle semble aller mieux, c'est qu'elle est en train de partir !" Et, sans attendre, accompagné de Maurice, il file à Paris, fait immédiatement identifier la diphtérie à l'Institut Pasteur et revient dans l'après-midi avec le sérum qui va sauver Annie.
"Tu es revenue de loin... et moi qui avais probablement eu une forme atténuée, car je me souviens avoir été triste et mal foutu, on m'a envoyé à Laon chez grand-mère Limasset, puis chez tante Marguerite, et enfin chez les Rol quand les Klein sont partis aux Coumats" (propriété des Klein dans les Landes). Annie a besoin de soins constants pendant des semaines : "bien mauvais souvenirs que les lavages de gorge, et surtout les injections de sérum dans la peau du ventre" écrit Anne-Marie dans ses cahiers. "Maman étant trop fatiguée, j'ai été soignée par une infirmière venant de Paris, Madame Donato. Elle et son mari qui était médecin dans un dispensaire sont devenus de grands amis de mes parents"...

Annie et Madame Donato  A Brunoy, avec Mme Donato
À Brunoy, la chambre d'Annie, isolée, est transformée en dispensaire. Madame Donato ne la quitte pas.
Sur la photo de droite, Annie peut sortir. Elle est guérie. Mme Donato est à gauche.

"Après ma diphtérie", raconte Anne-Marie, "mon grand-père est venu me chercher pour m'emmener à Neuvy par le train. Il est descendu sur le quai à Montargis pour acheter une boisson, et j'ai eu très peur que le train reparte sans lui. J'étais si faible que grand-mère et tante Thérèse attendaient à la gare avec la charette en bois pour monter à Bois-Réaux".

Après cette nouvelle période de séparation entre les uns et les autres, et de fatigue, le moment arrive enfin où l'on se retrouve tous à Brunoy, où la vie reprend comme avant, où l'on peut se rendre à Paris voir la famille ou recevoir dans le beau jardin de Brunoy, le dimanche ou les jours de fête ! Henri a l'air si content !  

Avec les cousines
De gauche à droite : Elisabeth, n°3 de André et Jeanne Limasset, Henri, Andrée, n°2 de Joseph et Marcelle, Geneviève (future Mme Tranchant) la petite dernière de ceux-ci, devant, Denise (future Mme Guillaume), leur 4e, puis Françoise (future Mme Rime, puis soeur à l'Abbaye du Bec-Hellouin), la 3e; au dessus de celle-ci, Madeleine (future Mme Demars), l'aînée, et, derrière Annie, Simone (future Mme Eschmann), 1ère fille d'André et Jeanne (Pierre Limasset, l'aîné de leurs 3 enfants, n'est pas sur la photo)

Sur la photo qui suit, Annie est habillée en nurse et tient son poupon (à moins qu'elle ne soit déguisée en "Madame Donato ?". Elle est entourée de ses cousines Elisabeth, qui tient la poussette, et Simone, assise, les filles d'André Limasset (il est assis dans un transat) et de Jeanne (allongée à ses côtés). Leur fils aîné, Pierre, est à droite de la photo. Debout derrière le groupe, c'est l'oncle Louis ROL. Il a épousé en 1921 Elisabeth Allain, à droite, qui, amusée, regarde Henri, assis sur sa voiture à pédales. On aperçoit Suzanne, assise derrière les petites filles.  

1923 début d'été à Brunoy

Cet été-là, c'est toute la famille qui retourne à Bois-Réaux. Ce jour là, Monsieur et Madame Parcy, des collaborateurs de l'usine de Reuilly, sont de passage. C'est l'heure du café et du petit digestif sur la terrasse. Les grands parents, Maurice, Suzanne, Thérèse, les enfants, Louis (?, en casquette), Rita, la chienne, tous posent pour la photo.

 Avec les Parsy

 

Puis, à la fin de l'été, un séjour à Trébeurden achève de remettre tout le monde en forme...

 

1923 Trebeurden

 

Bateau de pêche    1923, Trebeurden en bateau 

 

Après l'été, l'automne et les études qu'il faut arriver à suivre pour Annie que son expérience dans la première école de Brunoy n'a pas convaincue. A Brunoy, ce n'est finalement pas aisé. Henri, plus tard, sera inscrit à Paris, à Massillon, dont il connait déjà l'animation des cours de récréation. Mais pour l'heure, on s'arrange. "Henri et moi, n'allant pas à l'école, avons pris des leçons chez un instituteur à la retraite. Arrivée au niveau de la sixième, j'ai été inscrite dans une succursale du Collège d'Hulst à Brunoy. Il y avait peu d'élèves et pas de classe de 6ème. J'ai été mise en 5ème, mais le niveau était si faible que nous avons du redoubler la 5ème. Il m'a fallu attendre la seconde pour avoir de bons professeurs qui venaient du collège d'Hulst de Paris !"

Pour le reste, la vie continue, Céline et Joseph sont toujours là, à Brunoy. Ils logent dans l'un des petits bâtiments qui flanquent le portail de la propriété et dominent la rue de Brie d'un côté, de l'autre le jardin et la maison. Plus tard, un petit appartement leur sera aménagé au second étage de la maison, quand Annie et Henri seront tous deux à Paris.

Maurice est très occupé par les usines et la mise en place des institutions sociales de Paris et de Bohain... et comme les petits, il fait tourner des fils et de très grosses bobines!

 

Atelier de guipage    Ateliers des fils fins

 

Atelier de tressage    Calandre boudineuse à caoutchouc

Chaque année, désormais, Bois-Réaux reçoit famille et amis. René, Marie et Thérèse Alliot y prendront de plus en plus souvent leurs quartiers. Nous sommes ci-dessous en 1924. Ce sont certainement les premières années vraiment sereines qu'aient pu connaître Maurice et Suzanne depuis leurs joyeuses fiançailles lors des fêtes de fin d'année de 1913!

1923 - Le perron  1923 Annie et Henri à Bois-Réaux

Le perron ouvre le "billard" sur la partie du jardin qui domine les bords de la Loire. C'est un endroit agréable pour s'asseoir après le déjeuner et prendre quelques clichés de ces moments heureux. On reconnaît Maurice, Suzanne, Eliacin et Juliette Rol, Annie et Henri, encadrant leur grand-mère, et "tante Thérèse" à l'arrière. René, "grand-père" prend la photo. C'est au tour de Maurice de fixer cette image du grand-père René Alliot initiant son petit fils aux privilèges des grandes personnes, sous l'oeil mi-amusé mi-inquiet de son beau-frère !

 la première bouffée  

 

 Annie, Henri et ler grand-père René  La cabane du tennis   Annie et Henri devant le tennis

 

Ces années d'après guerre ont aussi été les années d'enfance d'Annie et d'Henri. Après les épreuves, l'avenir sourit à Maurice et à Suzanne : ces images de complicité entre le grand-père René et ses deux petits enfants sont là pour le montrer. Et puis, à Paris, à Laon ou à Reims, les familles se sont agrandies et les cousins se voient volontiers, à Brunoy, à Neuvy où chez les frères et s

œurs de Suzanne. Les enfants d'André ont maintenant 14 ans pour Pierre, Simone 13, et Elisabeth 7ans. Annie aime beaucoup ses cousines Limasset, les filles de Joseph et de Marcelle. Il y a Madeleine, la grande, qui en 1925 approche déjà les 15 ans, et puis Andrée, de 2 ans plus jeune, Françoise, qui a 11 ans, puis Denise, 6 ans, et enfin Geneviève qui, née en avril 1924, est encore un bébé. Quand Annie et Henri rencontrent leurs cousins de Reims, les enfants de Geneviève (soeur aînée de Suzanne) et de Hubert Fandre, ils sont ravis aussi. Marguerite ("Guite"), née en 1909, est déjà pour eux presque une adulte, et les garçons ont : François, 14 ans et Hubert, 11 ans. Par contre, Marie-Louise (dite Marilou) et Michel ont le même âge qu'eux. D'ailleurs, les deux mamans étaient à Chamalières quand Henri et Michel sont nés, le premier en mai, le second en juillet 1918.

Toutes ces familles conservent des contacts étroits et suivis, grâce à l'hospitalité des uns et des autres, aux épreuves communes suivies pendant la guerre, et aussi parce que les liens de famille étaient traditionnellement privilégiés, beaucoup plus sans doute que pour les générations suivantes.

Annie (souvenirs): " je n'avais pas d'amies"  (on a vu plus haut que les conditions de scolarité à Brunoy n'avaient pas été idéales), "heureusement j'ai été souvent accueillie chez Tante Jeanne et Oncle André rue Chanzy, dans un pavillon derrière lequel il y avait un jardin, et surtout chez tante Marcelle, épouse du frère de ma mère, Joseph Limasset , dans un bel appartement rue de Médicis, donnant sur le jardin du Luxembourg...."