ANCETRES VERSTRAET

Issus de la branche maternelle des ancêtres de Maurice, les VERSTRAET nous sont trop mal connus... Marie, la mère de Maurice, a laissé d'elle l'image d'une mère attentive et présente à son fils Maurice, enfant, puis quand il était au front, pendant la "grande guerre", à travers les lettres échangées, mais aussi, du moins pour ses petits enfants, une image d'austérité, qui contrastait avec le caractère plutôt enjoué de René Alliot. Chaque chose était comptée, comme si l'on risquait de manquer. Pourtant la famille Alliot vivait bien. La famille de Marie, avant son mariage, vivait très confortablement aussi. Louis Verstraët, son père, ingénieur civil, était même un industriel qui avait su mettre une rare intelligence et une capacité de travail phénoménale au service de grands projets. Il fréquentait des inventeurs et scientifiques bien connus, adhérait aux associations où se rencontraient les plus grands noms de la vie politique et économique de l'époque, publiait dans les revues scientifiques et économiques, créait son usine de caoutchouc...

Louis Verstraët nous a laissé des documents qui témoignent de l'ampleur du projet qui a occupé presque trente ans de sa vie. Quand on prend connaissance de ces documents, qu'on étudie les circonstances qui l'ont amené à défendre cet immense projet de Canal des Deux-Mers entre l'Océan Atlantique et la mer Méditerranée, les enjeux qui étaient ceux de l'époque, alors que le pays traversait une période de récession d'autant plus flagrante qu'il n'en était de même ni pour l'Angleterre, ni pour l'Allemagne, entre autres, quand on voit le nombre et la qualité des adhésions à ce projet, quand on apprend pourquoi, à quels aléas et à quelles oppositions farouches il s'est heurté, quand enfin on constate qu'à plusieurs reprises il s'en est fallu de si peu pour que le Canal des Deux-Mers ne devienne réalité, comme d'autres grands projets de navigation intérieure ailleurs en Europe et dans le monde, on ne peut rester indifférent au personnage et à ses idées, et attristé par cette fin de vie marquée par la ruine, la désapprobation des siens, la solitude et la mort par découragement.

Ses idées sont énoncées clairement, très documentées. Louis Vertraët est un scientifique avant tout. Mais pour lui, la connaissance scientifique doit faire avancer l'homme: il est le moteur du progrès économique et social. C'est un sujet qui lui tient à coeur, à l'instar de tous ceux qui fréquente les mêmes cercles ou qu'il croise dans les congrès et les expositions universelles. Louis est passionnant. On le devine modeste malgré les gens qu'il fréquente et l'envergure de son projet. Son ambition en effet n'est pas personnelle. C'est un passionné qui croit terriblement aux arguments qu'il avance, et qui met son énergie autant que sa fortune personnelle au service de ce qui, il en est convaincu et beaucoup d'autres avec lui, est une occasion pour son pays de retrouver sa puissance passée.

Peut-être, sans doute même, Louis Verstraët a-t-il trop sacrifié à cet idéal: Les études réalisées pour présenter ce projet ont été colossales: évaluer la faisabilité du canal, en imaginer tous les aspects techniques, estimer et chiffrer les dépenses, calculer les bénéfices potentiels directs et indirects liés à l'alimentation et au stockage de l'eau autant qu'au passage de nombreux navires de fort tonnage: Mais aussi être parfaitement documenté sur la situation économique de la France par rapport à ses voisins, sur les ressources que trouveraient dans la construction puis l'exploitation du canal les régions traversées,...etc. Louis devait se déplacer énormément, en France mais aussi à l'étranger, passer en tout cas beaucoup de temps auprès des premiers intéressés, ceux du midi et du sud-ouest, faire des conférences, préparer des dossiers pour les instances locales et nationales, etc.

Sa famille a du souffrir de le voir sans fin se démener, se donner à l'excès pour le canal, et y laisser tous ses biens. A part une lettre de sa petite fille Gabrielle Mengus, nous manquons totalement de témoignages personnels sur cette période de la vie de la famille Verstraët.

Notre propos se répartit en 3 chapitres.