Lucien Limasset, volet 1

Lucien LIMASSET

 Lucien enfant

et Angèle

1ère partie
AVANT 1900

Charles-Lucien  Limasset est né à Reims le 8 Octobre 1853. Son père et sa mère sont tous deux issus de familles nombreuses de la Haute-Saône. Rappelons que le grand-père paternel de Lucien, Jean-Claude Limasset, né en 1785 et mort en 1854 alors que Lucien n’avait que quelques mois, était directeur des "Haut-Fourneaux" de Monthureux-sur-Saône (Vosges): c'étaient des petites forges artisanales sans commune mesure avec les installations industrielles qui se sont développées dans l'Est sous le même nom. Il avait épousé Françoise Belotière, née en 1785 et décédée en 1838, à 53 ans. Tous deux sont inhumés à Véreux en Haute-Saône. Lucien, donc, n'a pu conserver aucun souvenir de ses grands-parents paternels qu'il n'a pas connus.
Il en est tout autrement de ses grands parents maternels : Jean-Baptiste Theurel, qui disparaît en 1862 (Lucien a un peu plus de 8 ans), et Marguerite, née Morot en 1786, que Lucien va bien connaître jusqu'à sa mort en juillet 1865, alors qu'il allait sur ses 12 ans. Ils étaient cultivateurs à La Rochelle près de Ceintrey (Meurthe et Moselle), où ils sont enterrés.
Les parents de Lucien, Alexandre et Séraphine, sont dans l'enseignement, comme d'ailleurs plusieurs de leurs frères et sœurs respectifs; lui est directeur du Petit Lycée de Reims, et elle professeur de classe enfantine.
A l’issue de cette carrière à la direction du petit lycée, Alexandre Limasset s’est vu confier par le Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes, la fonction d’Inspecteur de l’Instruction Primaire à Reims.

Marthe Limasset-BrugnardMarie Limasset-MonimartLucien aurait du avoir deux frères aînés: le premier, qui a reçu avant lui le prénom de Lucien, et son cadet, René: Tous deux sont morts jeunes alors qu'ils étaient en nourrice. Aussi Lucien est-il élevé jusqu'à trois ans par sa grand-mère Marguerite. Par la suite, il passera de nombreux moment chez ses grands parents. Il a une sœur aînée Marthe (à gauche), future Madame Bugnard, Marquise de Boisgiroux. Comme les femmes de cette famille, c'est elle-aussi une femme active, économe au lycée de Tourcoing. Marie (à droite), la seconde soeur de Lucien, a trois ans de moins que lui. Son futur mari, Dosithé Monimart, sera négociant en tissus à Reims puis à Roubaix. Les Bugnard ont eu 3 filles, les Monimart 3 fils.

Lucien Limasset aime à se rappeler les séjours chez ses oncles Theurel, dont trois sont dans les ordres. Le Chanoine Jean-Baptiste (photo), qui réside à Reims, a sans doute été l'instigateur de la venue du ménage Alexandre-Séraphine à Reims par l'entremise du Chanoine Deglaire , aumônier du Lycée. L'oncle Charles (photo), le parrain de Lucien, resté au pays franc-comtois, est curé de Theuley, à 15 kilomètres de Ceintrey. Pendant les vacances qu'il passe en Haute-Saône, Lucien, quand il va chez lui, sert la messe chaque matin; c'est en sonnant la cloche de l'Eglise avec Marie, qu'un jour la corde lui échappe des mains et qu'il voit sa petite sœur s'élever dans les airs !

L'église de Theuley
L'église de Theuley, le presbytère (à droite), et la rue des Écoles

Lucien conserve surtout un souvenir marquant de son oncle le plus jeune, l'oncle Joseph (photo), Evêque d'Acanthe , Vicaire Apostolique du Tonkin Occidental, revenu en France quelques mois pour raison de santé en 1866. Lucien a eu l’honneur de partager le lit de son Eminence, lors d'un de ses voyages au pays natal et il en a tiré une immense fierté ! Lucien, d'ailleurs, au cours de ses jeunes années, voulait lui aussi devenir missionnaire dans ces contrées lointaines d'Asie, et Joseph comptait bien l'y accueillir un jour. Si Lucien avait persévéré dans sa vocation, nous ne serions pas là pour en parler. Quant à Joseph, il est mort trop jeune pour continuer à faire vivre le Tonkin dans l'imagination de son neveu au delà de ses 15 ans...

CollégienEn attendant, les études de Lucien se sont poursuivies au Lycée de Reims. On le voit sur cette photo, à cette époque, en costume de collégien.
Une grave pleurésie le terrasse à onze ans, et l'arrête assez longtemps, l'obligeant à retourner à la campagne, à Ceintrey, chez la fameuse grand' mère Marguerite qui devait avoir alors 78 ou 79 ans et cet aspect (photo), jusqu'à sa guérison. Très sérieux, exceptionnellement intelligent, mais aussi très vivant, c'est un petit espiègle, qui ne s'ennuie jamais, héros de bien des histoires et anecdotes que sa femme Angèle racontait plus tard, à Laon, à ses petits enfants. Cela ne l’empêche pas de réussir et de passer facilement ses baccalauréats, avec un peu de retard, ce qui lui fait craindre de ne pouvoir continuer ses études supérieures. En vrai rémois, il entre alors, comme employé, dans une maison de champagne, la maison Kunkelmann.

C'est à ce moment, après 1870, que, à la faveur de la désorganisation du Lycée de Reims résultant de la guerre, sur le conseil d'un de ses professeurs qui connaît ses possibilités, et pour éviter aussi de faire sept ans de service militaire comme l'impose la nouvelle loi de recrutement de l'armée, que Lucien Limasset a l'idée de préparer le concours d'entrée à l'Ecole Polytechnique et à l'Ecole Normale Supérieure. Très rapidement, en 1873, il est reçu à ces deux concours. Il opte pour Polytechnique, dont il sort 4ème en 1875, classé dans les premiers des Ponts-et-Chaussées, et juste derrière Raymond Poincaré, sorti 2ème de la promotion, dans les Mines.
Après deux années d'Elève-Ingénieur à l'Ecole des Ponts à Paris, il entreprend, dans ce corps, une carrière qui va s’avérer fructueuse et dont il se retirera en 1919.
Le premier poste occupé par Lucien Limasset comme Ingénieur des Ponts-et-Chaussées est à Mirande, lointaine sous-préfecture du Gers, dont il conservera un bon souvenir, mais où il ne reste que deux ans, heureux de se rapprocher de son pays natal, dès que lui est offert le poste d'Ingénieur à Châlons-sur-Marne. Nous sommes en 1879. Pendant environ 12 ans, il est chargé de tout le réseau routier du département, routes nationales et départementales, cumul rare à cette époque. La stabilité de son poste lui permet de s'intéresser aux techniques du métier, de modifier les errements suivis pour l'entretien des routes et de surveiller de près la construction de quatre grands ponts sur la Marne. Remarqué par sa hiérarchie, il reçoit très jeune la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, avant de quitter Châlons.

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Entretemps, Lucien Limasset a épousé, le 26 Février 1881 une jeune rémoise, fille aînée de Jules Poullot , industriel qui préside aux destinées des importantes usines Saint-Thomas, où il vient de réunir Peignage, Filature et Tissage.

Angèle PoullotAngèle Poullot est née à Reims le 2 Mai 1861. Elle vient de terminer, lors de son mariage, ses études comme pensionnaire au Sacré-Cœur à Paris. Elle n’a que dix-neuf ans. Lucien en a 27.
Angèle Poullot est évoquée ainsi dans les chroniques familiales, en particulier sur la descendance de Lucien Limasset, établie et commentée par des membres de la génération suivante) : "A peine plus grande que son mari, Angèle Poullot est un peu forte. Ses traits calmes, ses yeux bleus reflètent un tempérament équilibré. Ses cheveux sont châtains, son teint blanc. Son intelligence est vive et Lucien, très pris par des travaux intellectuels, lui laisse le champ absolument libre pour la gérance de la fortune, l’organisation de la maison et les soins aux enfants. Les étrangers, souvent, la trouvent froide, distante… Elle est pourtant d'une sensibilité très vive, les émotions l'ébranlent profondément, ou peuvent même la bouleverser sans qu’une certaine timidité lui permette d'en rien montrer".

 Le ménage s’installe donc à Châlons-sur-Marne, dans une petite maison de la rue Saint-Eloi, où des enfants viennent (très !) vite apporter de l’animation : Après la naissance à Reims du premier fils André, le 19 décembre 1881 (10 mois après leur union), les autres naissances se succèdent rapidement, à Châlons : Joseph voit le jour le 21 février 1883, Jean, le 23 mai 1884, Marc, le 31 octobre 1885! Angèle a à peine plus de 24 ans. Le petit logement du début devient trop étroit, alors on empiète sur la maison voisine qui appartient au même propriétaire, en lui demandant successivement une, deux, puis plusieurs pièces au fur et à mesure de l'augmentation de la famille. Car après les fils, voici les filles : Geneviève, née le 16 février 1887, Marguerite, née le 19 janvier 1889, Suzanne, née un peu plus tard, le 11 mai 1893… La famille est désormais installée dans deux maisons jumelles et les garçons, en pleine forme, « soignent» les jardins au grand dam du propriétaire. A respectivement 40 et 32 ans, Lucien et Angèle sont à la tête d’une famille de 7 enfants! 

 André et Joseph  1990 à Chalons
Sur cette photo très typique de l'époque, on reconnaît les garçons Limasset à leur habit foncé traversé de surpiqures verticales blanches : À gauche, André (assis) et Joseph, au fond, Jean, et assis devant, le plus jeune, Marc. Les filles Limasset ont un large col blanc : on reconnaît la blonde Geneviève, au centre, et Marguerite, avec sa frange courte. Sur la photo du haut, les deux aînés, André et Joseph. Les deux autres petites filles et leurs quatre frères au large col marin, sont des petits Belley, famille avec laquelle Lucien et les siens, déjà, faisaient de la musique.

Et voici suzanne qui à son tour vient poser devant le photographe, entourée des 6 autres !

La charetteLes 7
Joseph et André, en haut, Marguerite à gauche et Geneviève à droite, Marc en bas à gauche et Jean à droite, tous encadrant la petite Suzanne. On doit être fin 93 ou début 94!

Les Limasset se sont fait des amis à Châlons. Grand amateur de musique (pendant ses études à Paris, Lucien a fréquenté les salles de concert, et apprécié l'opéra). Décidément doué pour beaucoup de choses, il s’est mis au violoncelle et se révèle rapidement très bon exécutant parmi l’orchestre familial qui s’étoffera au fur et à mesure que les enfants grandiront, où certains jouent du piano, et d’autres du violon. De petits concerts s'organisent...
De temps en temps, la famille se rend à Reims où se trouvent les grands parents des deux côtés : Papa Jules et Maman Adèle côté Poullot, « Pépère et Mémère » pour Alexandre et Séraphine Limasset… C’est là que l’on passe une partie des vacances scolaires, même si les déplacements, en particulier pour une famille aussi nombreuse, ne sont pas simples. A Chalons, père et fils font leurs premières randonnées sur de primitives bicyclettes.
Quand la famille s’apprête à quitter Chalons pour Laon, André, l’aîné, a 13 ans et Suzanne à peine 2 ans.

En 1894 en effet, Lucien figure au tableau d’avancement pour le grade d’Ingénieur en Chef. Il est aussitôt appelé par le préfet de l’Aisne à prendre des fonctions plus importantes dans ce département où il se voit confier deux services ordinairement distinct (ponts et chaussées d’une part, service vicinal d’autre part). Des tâches très importantes lui sont ainsi confiées, entretien en particulier d’un très important réseau de routes nationales (7500 km sur 5 arrondissements), construction de centaines de kilomètres de voies de communication, ponts, lignes de chemin de fer locales mêmes, dont on pensait alors qu’elles auraient une grande utilité. Une fois par mois, Lucien réunit chez lui ses collaborateurs.
La famille s’est installée à Laon, 6 rue Saint-Cyr.

En décembre 1895, c’est la naissance d’Yvonne, 8ème enfant et 4ème fille de la famille….
Mais à la fin de ce 19ème siècle, les adultes ne négligent pas, même lorsqu’ils ont comme Lucien et Angèle une vie professionnelle et familiale plus que remplie, de faire leur part aux loisirs. Deux ans après leur arrivée à Laon, les Limasset sont bien introduits dans la bonne société de la ville, et profitent à leurs heures des festivités qui y sont organisées. La chronique, conservée, d’une soirée costumée qui eût lieu un soir de mardi gras, le 24 février 1897, en témoigne :

SOUVENIR d’un BAL COSTUME
LAON, le 24 Février 1897, chez Mme LANGLOIS.

Le quartier du Cloître, dont les rues austères sont d'ordinaire quelque peu désertes dès que les ombres du soir ou les fréquents brouillards s'épandent sur notre ville, était hier, 24 Février 1897, en quête de rumeur. Un Bal Costumé amenait chez Madame Langlois, la providence des danseurs, toute la société aimable et charmante, agrémentée des travestissements les plus inattendus et les plus gais.
Un cercle de curieux occupait, tout d'abord, la rue et le trottoir. La joie et les lazzis s'y donnaient libre carrière. Premier laminoir où le marquis au pas furtif arrivant tête baissée pour n'être pas reconnu, savait de suite quel effet il allait produire et comment il devait se présenter sous le feu des regards interrogateurs et des lumières resplendissantes.
La maîtresse de céans, en superbe costume Pompadour garni de paniers lilas, l'aigrette du commandement dans les cheveux, recevait ses invités avec la bonne grâce accueillante que chacun lui connaît [.....].

Cliquer ici pour ouvrir le texte complet en version pdf,
et découvrir en qels costumes étaient déguisés ce soir là Lucien et Angèle LImasset!

Il ne manquait que Renée, née en décembre 1898, pour que la famille soit complète.
La magnifique photo ci-dessous des 9 enfants (cliquer dessus pour lui donner sa taille réelle), a été prise à Laon vers avril ou mai 1899, on reconnaît de gauche à droite, Suzanne, 6 ans, à sa droite Jean, 15 ans, Joseph, debout, 16 ans, Geneviève, 12 ans, qui tient Renée, âgée de quelques mois, Marguerite, 10 ans, Marc, 13 ans, et l’aîné, André, 17 ans et demi, tenant sur ses genoux Yvonne, âgée de 3 ans et demi.
C'est sur cette image que se termine ce premier volet de la rencontre avec Lucien et Angèle. Un nouveau siècle s'ouvre devant cette famille magnifique!

Enfants Limasset