LA FAMILLE POULLOT

LA FAMILLE POULLOT
"Papa Jules et Maman Adèle"

Jules et Adèle Poullot

Les commentaires qui suivent sont pour l'essentiel inspirés du livret réalisé par André Jacquinet  :
JULES POULLOT, 1835-1916
(André Jacquinet est un des petits fils du couple. Jeanne, sa mère, est la dernière de leurs 4 filles)

Au début de ce chapitre, nous sommes à Suippes, berceau de la famille.
La cité de Suippes, dont la fondation remonte à l'époque gauloise, est située au centre des plaines crayeuses de Champagne qui s'étendent au nord de la Marne. Ce sol aride qui pendant des siècles n’a permis que la culture du seigle ou le pacage des moutons, est à l'origine de cette industrie lainière qui, d'abord familiale le long de la Suippe, fait plus tard la fortune de Reims.

Suippes

C’est dans cette petite commune de Champagne, comme d’ailleurs les communes environnantes, et dans cet univers artisanal du peignage, du tissage ou de la filature, qu’évolue déjà, lors de la naissance de Jules Poullot, une bonne partie des siens.

une filature à Suippes
Une filature à Suippes à la fin du 19ème.

Marie-Prudentienne Jacquet-PoullotJules Poullot est né à Suippes le 9 mars 1835, rue des Trois-Maillets, près des remparts de la ville. Sa famille exerce depuis plusieurs générations le travail de la laine. Son père, Jean-Baptiste Poullot, est lui-même né à Suippes le 25 avril 1809. A 25 ans, au moment de la naissance de Jules, il exerce l’activité de « fabricant ». Jules est en fait le 3ème enfant né de l’union, célébrée le 9 avril 1932, de Jean-Baptiste Poullot et de Marie-Prudentienne Jacquet, née à Suippes le 30 juillet 1810. Mais il est en réalité l’aîné, car ni Marie-Adélaïde, ni Claude-Achille n’ont vécu au-delà, pour l’une, de 10 jours, pour l’autre, de 16 mois… Marie-Estelle, née le 4 janvier 1839, et Marie Irma, née le 17 mars 1845, viennent compléter la famille. (Ci-contre un portrait tardif de Marie-Prudentienne, la mère de Jules)
La famille de Jean-Baptiste Poullot vit donc à Suippes, de façon relativement modeste.

Jean-Baptiste Poullot est décédé à Suippes le 5 octobre 1872, à 63 ans. Marie-Pudentienne est décédée à Reims chez son fils Jules le 8 février 1898, à 88 ans.
A Suippes vivent aussi les grands parents paternels de Jules. Son grand-père, Jean-François Poullot, exerce le métier de tisseur-fabricant. Il est né à Reims, le 14 janvier 1779, 4ème d’une famille de 10 enfants. Le 10 Floréal de l’an XI, il a épousé Anne Boulet, née en 1784. Après la naissance de son 2ème fils, en 1810 (alors que Jean-Baptiste, le père de Jules, n’a lui-même qu’un an) il s’engage pour 7 ans dans la grande armée de Napoléon Bonaparte. Après quoi il reprend son métier de tisserand... Il décède le 23 juin 1845. Jules a 10 ans. Quand il perd sa grand-mère 13 ans plus tard, le 4 juin 1858, Jules a 23 ans et il est déjà entré comme employé à Reims dans la Maison de Commerce de son oncle maternel Joseph Jacquet.
Jules n’a pas connu ses arrières grands parents paternels, les parents de Jean-François Poullot, Jean-Baptiste Poullot, né  le 7 mars 1746, et décédé en 1821 à Suippes, et Marie-Nicolle Marguet. De cet aïeul, on dit (tante Irma l’aurait affirmé à ses arrières petits neveux) qu’il était un enfant trouvé sur les marches de la cathédrale de Reims par une brave femme qui l’appela familièrement "mon gros Poullot"… nom qui dès lors fut inscrit à l’état civil. Cet aïeul avait tenu un rôle non négligeable dans la petite cité de Suippes : successivement ouvrier en laines, maître drapier, puis fabricant, il fut aussi instituteur pendant plusieurs années. Ménestrier à ses heures, il était choriste à la paroisse…
Jules Poullot enfant est proche aussi de ses grands-parents, oncles et tantes maternels, tous nés à Suippes. Marie-Prudentienne, sa maman, est la 2ème d’une famille de 6 enfants, nés de l’union, le 1er août 1808, de Claude Jacquet, né le 29 août 1786 et de Marie-Nicolle Vitry.

C’est avec le plus jeune de ses oncles Jacquet, Nicolas Joseph Jacquet, né en 1821, que Jules commencera sa carrière de fabricant de tissus, à Reims. Cet oncle est marié depuis 1843 avec Célinie Gabreau, née à Jonchery sur Suippes, là même dont est originaire Adèle-Noémie Gillet que Jules épousera en 1859. Jules a pu connaître dans ses premières années ses arrières grands parents maternels, Claude Jacquet (1744-1845) et Marie-Prudentienne née Bellot (1764-1848) décédés respectivement en 1845 et 1848. Leurs 4 enfants se sont tous établis à Suippes.

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La région de Suippes
Carte de la région de Suippes (agrandir)

Jules Poullot fait de bonnes études primaires à Suippes, au point que l’instituteur le rend à ses parents en disant : "je lui ai enseigné tout ce que je savais, je n’ai plus rien à lui apprendre ! Vous pouvez disposer de lui, il saura se tirer d’affaire dans la vie…"! Jules est doué d’une belle écriture fine et nette. Il est aussitôt employé au secrétariat de la Mairie de Suippes, dont le maire, Monsieur Crussaire, est notaire : Remarquant les capacités du garçon, il ne tarde pas à le prendre comme petit clerc à son étude.

A partir du début 1853, Jules apprend en famille à peigner la laine. En septembre, son oncle Nicolas-Joseph qui a créé à Reims une fabrique de tissus, le prend comme jeune employé. Malgré les liens affectifs qui le lient à son oncle et à sa tante, il connaît les conditions de travail communes aux jeunes apprentis. Il gagne 6 sous par jour. Parfois, il passe la nuit allongé sur le comptoir de la Maison de Commerce !
Mais son oncle l’apprécie de plus en plus au point de l’intéresser progressivement à l’affaire et bientôt nanti d’une procuration, il est responsable de la vente et chargé de la direction interne de la Maison. Les affaires iront en prospérant pour Jules qui deviendra un entrepreneur recoonu et un notable dans sa ville.

Pierre-Zacharie GILLET en 1859Entretemps, Jules a épousé le 17 octobre 1859 Adèle Gillet.
Jeune, Jules se rendait souvent à Jonchery-sur-Suippe, dans la famille de sa tante Jacquet (née Gabreau), la femme de Joseph. C'est là qu'il tombe amoureux d’Adèle, la sœur de son ami Valentin. Quand leur mariage est célébré, Jules a 24 ans, et Adèle 20. A cette date, la première des soeurs de Jules, Estelle qui a le même âge qu'Adèle, est déjà entrée au couvent... La plus jeune, Irma, a 14 ans.
Adèle-Noémie est née dans ce village champenois le 4 avril 1839 de Pierre Zacharie Gillet (1813 - 1871) et de Marie Aurore Gillet (1819 - 1900), propriétaires et cultivateurs. Celle que les jeunes appelaient "Maman Aurore" était née Gillet, comme son mari, ce qui n’a rien d’étonnant, les Gillet étant installés depuis des générations dans la région.
Ci-contre, un portrait de Pierre-Zacharie Gillet, le père d'Adèle à l'époque du mariage de sa fille.

Rue principale de Jonchery sur Suippes  Adèle Noémie Gillet
Une vue de Jonchery sur Suippes. A droite, Adèle à 30 ans.

Le couple vient s’installer à Reims. Ils vivent d’abord dans le petit logement de Jules, 29 rue Saint-Symphorien (l’oncle habite au 27 de la même rue). C'est là que naît Angèle,18 mois plus tard, le 2 mai 1861. Ensuite arrivent Blanche, le 7 mars 1862,  puis, le 29 septembre 1865, Albert. La famille s’installe alors au 6 de la rue des Filles-Dieu. Là naissent encore Berthe, le 14 mai 1870, et Jeanne, le 13 juillet 1871. Adèle a alors 32 ans et Jules 36.

L'année suivante, en 1872, Jules devient véritablement l'associé de Joseph Jacquet. L’affaire devient la "Société Jacquet, Nouvion et Poullot" en 1876 lorsque Joseph s’adjoint aussi comme associé son gendre, mari de sa fille Céline. La nouvelle société étend son activité en achetant une usine de peignage. Mais Joseph décède peu de temps après, en juin 1877. C’est ainsi qu’à 42 ans, Jules prend la direction de l’affaire. Il la développe rapidement en lui adjoignant une filature et en transférant toutes les activités industrielles, filature, peignage et tissage, rue Saint-Thierry, à Reims. Les deux associés restants se séparent, Auguste Nouvion gardant la Maison de Commerce et la première usine, Jules de son côté reprenant à son compte l’usine modèle qu’il a créée et organisée. Il acquiert en 1887 un immeuble place Barrée, à Reims, où il installe sa propre maison de commerce.

Etablissements Poullot

En 1892, Jules prend son fils Albert (27 ans) comme associé, sous la raison sociale "Jules Poullot et Fils". La partie peignage est cédée, mais le tissage se développe : on compte alors près de 700 métiers à tisser. L’usine occupe 334 hommes et 426 femmes, soit 660 personnes. Les préparations, vérifications et autres manutentions emploient en outre, soit à la maison de commerce, soit à leur domicile, une moyenne de 160 ouvriers ou ouvrières. L’entreprise contribue au développement d’activités qu’elle sous-traite : filature cardée, apprêts, blanchisserie.
En 1898, Jules et Albert accueillent deux nouveaux associés, MM Chardonnet (chargé de la vente) et Denoncin (direction de l’usine et achat des laines) : C’est la "Société Poullot et Cie". Elle fabrique tous les articles de Reims : flanelles fantaisie et flanelles de santé, mousselines, mérinos, cachemires, molletons, peignoirs, articles de dames, peignés et cardés. La clientèle s’étend au-delà de Reims, en France et à l’étranger où les articles s’exportent.

Comme beaucoup de patrons de cette époque, Jules et ses associés s’efforcent d’apporter aide et assistance à leur personnel, alors que les œuvres d’assistance sociale sont encore peu développées.
Mais Jules exerce aussi des fonctions publiques : membre du conseil des Prudhommes de Reims de 1881 à 1885, puis de la Chambre de Commerce de Reims à partir de 1885 dont il devient vice-président en 1889, puis président à partir de 1893 et pendant 14 années au cours desquelles il est réélu. En cette qualité de président, il rédige de nombreux rapports destinés aux parlementaires, et reçoit des personnalités. Ci-dessous quelques extraits et commentaires, relevés par le Dr André Jacquinet, du discours prononcé par Jules Poullot lors de la visite, le 1er juillet 1905, de Paul Doumer, Président de la Chambre des Députés, à la Chambre de Commerce de Reims :

"Je félicite, dit-il, l'homme d'Etat qui a su mettre en valeur nos belles colonies d'Extrême-Orient, les doter d'un réseau de chemins de fer et de voies navigables, l'administrateur prévoyant et économe, qui a voulu continuer son œuvre si intéressante en portant ses efforts sur notre industrie et notre commerce d'exportation". Jules Poullot expose alors longuement au Président de la Chambre des Députés la crise traversée par l'industrie lainière et la situation inquiétante du commerce d'exportation des vins de Champagne, l'intérêt attaché par la Chambre d'e Commerce à la protection des marques de fabrique et des indications d'origine à l'étranger; d'autres questions sont également abordées: la réduction du travail à dix heures avec possibilité de certaines dérogations; l'inspection du travail, les dispositions de la loi de 1884 exonérant les communes de toute responsabilité pour les dommages causés à la propriété en cas d'émeutes et de grèves; les institutions philanthropiques fonctionnant à Reims, etc.

Jules Poullot a également siégé au conseil municipal de Reims de 1896 à 1900.
Il a été Président du Syndicat de l’Industrie Textile de la Marne, a pris part à l’exposition universelle de Paris en 1889, a été membre du Comité d’organisation de celle de 1900, et a participé à l’exposition de Bruxelles en 1897.
Il a été fait partie du conseil d’administration de la Banque de France, de la Société Générale et de la Banque Chapuis… (Etc.) !

Pour en savoir plus sur les activités de Jules POULLOT et sur l'homme public qu'il était, accédez aux pages du livret de André Jacquinet: pages 16-17, pages 18-19, pages 20-21, pages 22-23, et pages 24-25.

Très actif, doté d'un véritable esprit entreprenarial, Jules, petit employé de la fabrique de tissu, est devenu un directeur d'usine et un commerçant prospère. Dans son petit ouvrage sur son grand-père, André Jacquinet nous raconte un peu la vie de famille chez les Poullot.
Avec leurs cinq enfants, les Poullot habitaient encore en 1871 le logement de la rue des Filles-Dieu. Ils le quittent en 1874 ou 1875 pour venir habiter au 30 Boulevard Gerbert : La ville de Reims poursuit alors un programme de suppression des remparts et des fossés de l’ancienne ville. Jules, comme son oncle Jacquet d'ailleurs, se porte acquéreur de terrains mis en vente par la ville à cette occasion. En contrepartie les acquéreurs ont la charge de faire niveler fossé et rempart. Jules s'en acquitte, et, décidément homme de ressources, il clôture son terrain, le fait planter d’arbres fruitiers, dessine les plans de la maison et la fait construire...

Les remparts de Reims

Jules part tous les matins à la même heure, à pied ou en "voiture de place" (voitures attelées avec cocher, ancêtres de nos taxis), pour se rendre à sa Maison de Commerce Rue Barrée. Adèle élève ses enfants et tient ouverte sa maison et sa table à ceux que les activités de Jules l'amènent à recevoir.

Angèle à 11 ans
1972 - La Communion d'Angèle (agrandir)

La religion tient une place prépondérante dans la vie du ménage : L’éducation des enfants est confiée à des institutions religieuses. Ainsi, Angèle et Blanche seront pensionnaires du Sacré Cœur à Paris pendant deux ans...
Les distractions sont bien ordonnées. André Jacquinet raconte :

Les dimanches, pour le ménage Jules Poullot, étaient bien avant tout le Jour du Seigneur. Parfois, en particulier aux grandes fêtes, il allait d'abord à la messe de communion matinale, mais jamais il ne manquait la grand'messe. Jules Poullot occupait dans le chœur la première place des stalles, près des orgues; Mme Poullot avait ses chaises près de la chaire. L'après-midi, le ménage retournait aux Vêpres, et finissait la journée ensemble à la maison, tous deux se tenant dans leurs deux petits fauteuils de la salle à manger, lisant, recevant famille et amis, ou passant le temps jusqu'au dîner dans une partie d'écarté ou de manille. Les distractions du ménage étaient réduites. Leurs sorties au théâtre durent être rares.
La vie s'écoulait partagée entre les activités professionnelles, familiales et religieuses.
Une bibliothèque sérieuse, surtout d'histoire générale et locale et d'ouvrages industriels, mais relativement peu abondante, meublait le bureau du boulevard Gerbert. Jules Poullot y puisait souvent ses lectures. Il les prenait aussi, et surtout sa femme, dans d'autres publications de caractère religieux, brochures de la Bonne-Presse, comme le Pèlerin, ou d'œuvres, comme l'Apostolat de la prière ou l'œuvre de Saint-François de Sales, que la bonne "Maman Adèle" laissait, sous la desserte de la petite salle à manger, à la disposition de ses petits-enfants.
Un billard était aussi installé au premier étage, jusque vers 1910, qui vit de belles parties jouées avec son gendre, M. Delavallée, M. l'abbé Froment ou l'ami Millet-Philippot.

De "Maman Adèle" dans sa vie de maîtresse de maison, essentiellement entre 1900 et 1914, voici ce que dit son petit fils :

 Très ordonnée, elle apportait à la tenue de sa maison, de son mobilier, et même de son jardin, un soin que, malgré sa minutie, nous ne pouvons taxer d'excessif. Il tenait en effet à son goût du beau et de l'ordre, mais aussi à un sens éclairé d'économie, rapportant très justement la valeur des choses aux efforts de travail de son mari, dont elle avait connu toutes les difficultés et apprécié le prix. Le salon restait toujours clos, les meubles recouverts de housses, et ne s'ouvrait que dans les grandes circonstances. La grande salle à manger ne servait que pour les grandes réceptions et pour les déjeuners de famille du mercredi, et encore pour ceux-ci n'enlevait-on pas toujours la lustrine qui protégeait le tapis. Les petits-enfants n'avaient pas le droit de monter au premier étage par le grand escalier, afin de ménager le tapis, ils devaient emprunter l'escalier de service.
Quant au jardin, d'abord verger, puis dessiné en jardin anglais en 1902, toujours remarquablement entretenu par un jardinier de profession, il était l'objet de toute son attention, et les recommandations n'étaient pas ménagées aux petits-enfants, que leur ardeur et leurs jeux auraient pu faire dévier des allées ou entraîner hors du rond de sable qui leur était réservé (celui-ci était d'ailleurs entouré d'un grillage); gare à celui qui aurait marché ou fait monter la roue de la charrette de jardin, avec laquelle il était autorisé à jouer, sur la bordure d'une pelouse!

Jules et Adèle Poullot se plaisaient à réunir chaque semaine, le mercredi à midi, leurs enfants et petits-enfants de Reims.

C'était l'occasion de se retrouver réunis. Le menu, simple à l'époque, mais qui nous paraît aujourd'hui un petit extra, était toujours de qualité, et nous laisse quelques souvenirs, comme celui des petits pâtés de la maison Gonnet, apportés au dernier moment, ou les tournedos Béarnaise et le jambon de Prague de M. Degermann,  les très beaux poulets rôtis, dont Maman Adèle nous faisait observer la grosseur pour le prix de 7 Frs. 50.
Après le déjeuner, les dames se retiraient dans la petite salle à manger, où, tout en échangeant leurs impressions sur la vie domestique, ou les nouvelles mondaines rémoises, chacune prenait son ouvrage, ordinairement de broderie, napperons, chemins de table, ...
De leur côté, les Messieurs passaient dans le bureau de Papa Jules, où, fumant cigares ou cigarettes, ils devisaient de questions de Bourse. Emile Allais, retraité du Notariat, rapportait et commentait les dernières nouvelles de la feuille financière affichée à "La Générale", et qu'il allait consulter quotidiennement. C'était l'époque florissante des valeurs étrangères, fonds d'Etat et chemins de fer américains, valeurs russes, etc., dont les qualités et l'attrait étaient débattus entre Jules Poullot et ses gendres.
D'autres réunions et repas de famille plus importants, attirant les membres de la famille résidant hors de Reims, ne manquaient jamais de marquer la "Saint Jules", le 12 avril et la "Sainte Adèle", le 16 décembre, et de clore l'année par le dîner du 31 décembre. Ces repas-là prenaient, par l'importance de leur menu, l'allure de véritables banquets...

S'il n'y avait eu la guerre, Jules et Adèle auraient certainement pu profiter pleinement et longuement familiale et sociale équilibrée.

Adèle et Jules

Photo de famille
Reims, 1897. De gauche à droite en haut : Geneviève Limasset (épouse Fandre), 20 ans, fille d’Angèle et de Lucien Limasset, Germaine Allais (ép. Texier), 15 ans, fille de Berthe Poullot et Emile Allais, Suzanne Limasset (ép. Alliot), 14 ans, Blanche Allais (ép. Degas), 14 ans, Marguerite Limasset (ép. Klein), 18 ans, Angèle Poullot-Limasset, 46 ans.
En dessous, Adèle Gillet-Poullot, 68 ans, Berthe Poullot-Allais, 37 ans, Estelle Poullot (sœur Théodore), 68 ans, Yvonne Limasset (ép. Jean Monet), 12 ans, Jules Poullot, 72 ans.
Et, assis au sol, Renée Limasset (ép. Pierre Monet), 9 ans et Pierre Allais, 10 ans.

Quand Jules se retire des affaires le 30 avril 1910, après 57 ans de travail, il laisse la direction des Etablissements Poullot et Cie à son fils Albert et à ses deux autres associés. L'avenir aurait du être serein.
En réalité, cette retraite va être terriblement assombrie par les effets de la guerre sur la ville de Reims, où les Poullot ont tant d'amis et de connaissances, et sur l’entreprise Poullot:

 Il jouissait depuis peu d'un repos bien gagné, lorsque la guerre survint en août 1914. Après la bataille de la Marne, le front s'étant stabilisé à proximité de Reims, la ville commença le 13 septembre son martyre qui devait durer quatre années. Le 18 septembre 1914, le centre de la ville, le quartier des laines, subit un bombardement par obus incendiaires. Le lendemain 19 septembre, Jules Poullot assiste à l'incendie de la cathédrale. La maison de commerce, place Barrée, n'est pas épargnée : le 21 septembre, le bâtiment comprenant les bureaux et magasins de vente devient la proie des flammes avec toutes ses réserves de pièces de tissus et ses archives. Jules Poullot quitte alors Reims sous les obus, et, après avoir été hébergé chez son fils Albert, à Bezannes, il se réfugie à Paris, chez sa fille aînée, Mme Limasset, 11, rue de la Cerisaie.

 Maison Poullot Place Barré

maison Poullot Pl. Barré
Reims, dans ses années de bombardements 1914-1917
97, Place Barré - Maison Poullot

Les bombardements de Reims continuent. A la Maison de Commerce, place Barrée, le bâtiment réservé à l'échantillonnage et à la réception est éventré le 8 octobre 1914 par un obus qui blesse un employé (Louis Lalle) et en tue un autre (le contremaître Schuler). Les combles de ce bâtiment, grenier et troisième étage, sont incendiés le 6 novembre 1914.
Le cœur angoissé, Jules Poullot suit les bombardements et la destruction de Reims, et peut craindre l'anéantissement de son œuvre. Tout travail est rendu impossible à l'usine sous le feu de l'ennemi. M. Chardonnet s'étant retiré de la Société, Albert Poullot, resté seul avec son autre associé, Paul Manteau (qui a pris la suite de Denoncin), prend la décision de faire revivre ailleurs l'usine paralysée à Reims. Il achète, en septembre 1915, une usine à Elbeuf, et entreprend le déménagement de l'usine de Reims. Avant sa mort, le 21 janvier 1916, Jules Poullot peut ainsi avoir l'espoir que l'usine et son œuvre ne seront pas anéanties . Dès janvier 1916, en effet, le tissage fonctionne à Elbeuf avec 100 métiers, puis 240, transportés de Reims à Elbeuf. En juillet 1916, Albert Poullot achète et installe à Elbeuf une usine de filature peignée de 10.100 broches, puis en octobre 1916 une filature cardée de 5.000 broches.
Le sauvetage du matériel contenu dans l'usine de Reims est effectué, dans les conditions les plus difficiles, souvent sous le bombardement, par une équipe de quelques hommes dévoués. Transporté en camions automobiles et chargé en wagons à la gare de Saint-Charles, le matériel est entièrement évacué en février 1918. L'évacuation de toutes les machines n'avait pas nécessité moins de 900 wagons.
Grâce à cet effort, la Maison Poullot et Cie peut continuer sa fabrication.
L'épreuve a été trop dure pour Jules Poullot, dont la santé était déjà chancelante. Il s'éteint le 21 janvier 1916, alors que s'accumulent encore les destructions de la cité et de l'industrie rémoises pour lesquelles il s’est tant dépensé durant sa vie, de sa maison d'habitation aussi, et sans entrevoir encore la fin de la guerre, ni bien sûr la renaissance de sa ville en ruines.

La presse locale de Reims rend aussitôt hommage à l'homme du pays:

Nécrologie

Notes vues sur un site consacré à la vie rémoise:

"Les Rues de Reims, mémoire de la ville", par Jean-Yves Sureau, Reims, 2002 :
Rue Jules Poullot [1958]. (1835-1916). Conseiller municipal. Né à Suippes, le 9 mars 1835, mort à Paris le 20 janvier 1916. Jean-Baptiste Jules Poullot, industriel lainier, dirigea l’important établissement de peignage, filature et tissage, fondé en 1872 avec ses associés Jacquet et Nouvion. Membre et président honoraire de la Chambre de commerce et d’industrie, dont il fut le vice-président en 1889 et qu’il présida de 1893 à 1907. Président du Syndicat de l’Industrie textile de la Marne et membre de la Commission consultative du Conseil supérieur du commerce et de l’industrie, il fut aussi conseiller municipal de Reims en 1892. Pendant l’occupation allemande de la ville de Reims, en 1870, il fut protestataire et otage volontaire. Il fut fait chevalier de la Légion d honneur en 1898. Jules Poullot épousa Adèle Gillet (1840-1916) et repose au Cimetière du Nord.

Portrait


"Les Rues de Reims, mémoire de la ville", par Jean-Yves Sureau, Reims, 2002 :
Rue Jules Poullot [1958]. (1835-1916). Conseiller municipal. Né à Suippes, le 9 mars 1835, mort à Paris le 20 janvier 1916. Jean-Baptiste Jules Poullot, industriel lainier, dirigea l’important établissement de peignage, filature et tissage, fondé en 1872 avec ses associés Jacquet et Nouvion. Membre et président honoraire de la Chambre de commerce et d’industrie, dont il fut le vice-président en 1889 et qu’il présida de 1893 à 1907. Président du Syndicat de l’Industrie textile de la Marne et membre de la Commission consultative du Conseil supérieur du commerce et de l’industrie, il fut aussi conseiller municipal de Reims en 1892. Pendant l’occupation allemande de la ville de Reims, en 1870, il fut protestataire et otage volontaire. Il fut fait chevalier de la Légion d'honneur en 1898. Jules Poullot épousa Adèle Gillet (1840-1916) et repose au Cimetière du Nord.

 LA  DESCENDANCE DE PAPA JULES ET MAMAN ADÈLE

Angèle Poullot-Limasset

Angèle : Elle épouse Lucien Limasset. Ce sont nos aïeux, les parents de Suzanne et de ses huit frères et sœurs.
Voir les chapitres qui leur sont consacrés.

 Blanche Poullot
(Agrandir)

Camille Morvan 1922Le 15 janvier 1883, Blanche, la deuxième fille de Jules et Adèle Poullot née en 1862 s'est mariée avec Gustave Delavallée, négociant en laines. Elle est décédée quelques jours après la naissance de leur fille Madeleine, le 29 décembre 1883, à 21 ans. Adèle et Jules se sont beaucoup occupé de leur petite fille. Celle-ci a épousé le 15 mai 1905 un jeune médecin militaire, Jules Morvan, qui terminera sa carrière comme directeur du service de santé des armées.
Ils auront 5 enfants, dont Camille dont on a le portrait daté de 1922 (ci-contre).


  

 Albert Poullot

Albert, né à Reims le 29 septembre 1865, a été initié très jeune à l’industrie lainière par son père et est comme on l'a vu devenu son associé. Il épouse le 25 février 1892 Marguerite Rousseau. Ils ont 2 filles : L’aînée, Jeanne, est morte à 23 ans, en 1916, un an après son mariage avec Raymond Bacquart. La seconde, Andrée, née le 26 avril 1894, épouse en 1930 Paul Darrigol. Ils ont une fille, Janine.

Berthe

Berthe, née à Reims le 14 mai 1870, a épousé, le 19 janvier 1891, un notaire de Reims de 18 ans son aîné, Emile Allais. Ils ont eu 4 enfants, tous nés à Reims : Germaine, née en 1892, épouse Charles Texier (5 fils), Blanche, née en 1893, épouse André Degas (3 enfants), Pierre, né en 1897, épouse Madeleine Lutz, puis après le décès de celle-ci, Marie-Thérèse Roudeau (3 enfants), enfin Jean, né en 1910, pharmacien, apparemment resté célibataire.

Jeanne

 

René JacquinetJeanne, enfin, née à Reims le 13 juillet 1871, qui a épousé le 4 septembre 1894 René Jacquinet, né à Suippes le 30 mai 1864, installé à Reims comme médecin. Il y devient médecin des hopitaux, professeur de clinique médicale et directeur de l’Ecole de Médecine (sur un site de chronique rémois, on trouve ce dessin de lui, en robe de professeur de médecine !) Ils ont 2 fils : Pierre, qui suit l'Ecole Polytechnique et devient Inspecteur général géographe à l’Institut Géographique national à Paris. En 1917 il épouse Anne-Marie Hennegrave dont il a 4 filles. Le second, André, rédacteur de la notice consacrée à son grand-père Jules Poullot dans laquelle sont piochées la plupart de ces informations, est né à Reims le 27 mars 1897. Marie-Germaine Véroudart qu’il épouse en 1823, lui a donné 6 enfants.

 

 

L’entourage

Le père de Jules Poullot, Jean-Baptiste, est décédé en 1872. « Maman Poullot », née Marie Prudentienne Jacquet, toujours installée à Suippes, passe alors de nombreux séjours chez Jules et Adèle qui, malgré son allure très paysanne et son fréquent parler patois, l’associent aux repas où sont parfois invités de très dignes personnes, ainsi, raconte André Jacquinet, un cardinal et son coadjuteur auquel Maman Poullot demande: « Qué Monseigneur qu’vous êtes vous ? ».
Elle meurt subitement, le 8 février 1898, chez ses enfants.
Estelle, née à Suippes 4 ans après Jules, est entrée dès l’âge de 18 ans au couvent de la Providence de Portieux (Loraine), ordre enseignant mais aussi missionnaire. Elle prend l’habit en 1859 et devient Sœur Théodore. Elle est envoyée comme maîtresse au Pensionnat de Chevreuse. Elle y reste plus de 40 ans, et devient la mère supérieure de la communauté et du pensionnat. Contrainte par les lois d’exception de fermer le pensionnat en 1902, elle se réfugie un an plus tard chez Jules et Adèle et y reste 4 ans. Puis elle rejoint la Maison-mère de Portieux où elle meurt le 16 août 1912.
Irma, de 10 ans plus jeune que Jules – elle est née à Suippes le 17 mars 1845 – épouse le 6 juillet 1868, Ovide Person, né le 13 août 1842. Le ménage tient une boucherie à Suippes. Ils ont 3 enfants, Edmond (1869-1941), Angèle (1874-1951) et Jules (1882-1944), sensiblement de l’âge des derniers nés de Jules. Les deux familles se voient souvent, soit à Suippes, soit à Reims. Irma est morte à Saint-Leu le 17 octobre 1930, Ovide était décédé 8 ans plus tôt à Paris, le 1er janvier 1922.
Jules Poullot s’est éteint chez sa fille Angèle, rue de la Cerisaie, le 21 janvier 1916. Adèle ne lui a survécu que quelques mois, jusqu’au 27 août 1916, jour où elle est morte elle-aussi entourée de la famille de sa fille aînée. En 1919, les cercueils ont été déplacés de la crypte de l’église Saint-Séverin de Paris au cimetière Nord de Reims, dans le caveau de la chapelle où Jules et Adèle avaient souhaité reposer entre la mère de Jules et leur fille Blanche.

Sépulture familiale
La sépulture familiale au cimetière Nord de Reims.

Commentaires

dossier

En tant que petit fils de René ROL x Jeannette PERNOT , j'ai trouvé fort intéressant cette bibliographie d'autant que j'ai habité REIMS en début de carriére. 

Aperçu | Histoire de la famille

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